Paris: discours intégral de Kouyaté lors de sa décoration par l' AISP

Paris: discours intégral de Kouyaté lors  de sa décoration par l' AISP
0 commentaires, 6 - 6 - 2015, by admin

Par Mamadou Saliou Diallo L'Association Internationale des Soldats de la Paix a décoré à Paris, vendredi 05 juin, l'ancien sous secrétaire général de l'ONU, Lansana Kouyaté, président du PEDN. A cette occasion, l'ancien premier ministre Guinéen a ému et capté l'attention de l'assistance avec l'éloquence qu'on lui connait. Dans un speech improvisé , le président du PEDN est revenu sur sa mission en Somalie et a rendu un vibrant hommage à celui qu'il appelle " patron", en l'occurrence, l'ancien secrétaire général de l' ONU, l' Égyptien Boutros Boutros Ghaly. Nouvelledeguinee.com vous propose en exclusivité et en intégralité le discours chargé d'émotions de Kouyaté dans une salle de conférence de l' UNESCO, dans le 15 eme arrondissement de Paris. " Monsieur le président de l' Association Internationale des Soldats de la Paix, Mesdames et Messieurs soldats de la paix, Monsieur Jean Luc, Voilà ce qui reste, voilà ce qui nous remémore notre passé. Rien qu'en voyant les casques que vous portez, ça me rappelle la Somalie, ça me rappelle une Somalie déchirée, une Somalie fragmentée, brisée où il fallait croire en soi -même pour espérer une vie meilleure pour les autres. Nous avons vu tout ce que vous connaissez. Vous étiez là parmi les troupes françaises à Baïdoa où je me suis rendu plusieurs fois. Je voudrais profiter pour remercier l'ambassadeur de France, Deschamps, qui a été un excellent ambassadeur dans le combat, dans le tumulte, dans la tourmente en Somalie. Ce que je retiens, c'est que la paix est une conquête perpétuelle, éternelle, je dirais. Il n' y a pas à être naïf la dessus. Des guerres nourrissent parfois la paix et la paix aussi crée des guerres. Mais, cela ne doit jamais nous amener à abandonner notre espoir sur terre. Ce qui est passé est déjà passé. Et, nous devons en tirer les leçons . Boutros Ghaly n'est pas là aujourd'hui. Cela nous fait beaucoup de peines. Cet homme, je l'ai connu. On a travaillé ensemble sur l' Afrique, sur l' Afghanistan, sur le Tadjikistan. En un mot, sur la paix dans le monde. A l'époque, face au Conseil de Sécurité de l' ONU, défendre pas à pas, mètre par mètre ce que l' Humanité a de plus noble, n' était pas aisé. Il a inventé le concept de guerre orpheline. Il avait raison. Parce que mêmes les guerres ne drainent pas les mêmes attentions ni les mêmes efforts Aujourd'hui, je n'ai pas à tenir un long discours. C'est pour vous remercier simplement de vous être souvenu que, de 1992 à 1994, il y'a eu un jeune Guinéen - je me considérais alors comme jeune - qui a vécu avec vous des instants d'émotions, les mêmes douleurs de voir des amis morts sur le coup. J'avais une assistante, vous allez voir comment le destin est tragique ( permettez moi cette divagation ), une secrétaire Australienne. Chaque jour, entre 11 heures et 13 heures, le général Aidid nous envoyait des mortiers. On entend mortier... Mais, quand vous vivez l'action, je vous assure que ça fait peur. Et beaucoup dans cette salle le savent. Cette Australienne faisait partie de l'équipe des finances. A peine elle a - t elle quitté son lit, un mortier atterrit dans ce lit. Elle a couru. Elle est venue dans mon bureau, tremblante, pour demander son retour. Elle dit qu'elle ne reste pas un jour de plus. Je lui ai dit: madame, vous devez être celle qui doit maintenant croire que le destin ne frappe que quand l'heure est arrivée. Sans quoi, vous n'allez pas être là aujourd'hui pour dire que vous allez retourner. J'ai retardé son départ. Malheureusement, elle a insisté. Je voyais que l'émotion ne pouvait pas finir en elle. J'ai mis fin à sa mission. Elle est rentrée aux Nations Unies. De peur d'être seule, elle a dû appeler sa sœur et quatre de ses copines à New York pour chasser tout ce qu'elle avait vécu de spectre de la mort. Malheureusement, quand sa sœur est arrivée, avec ses copines, il y'a eu le premier attentat contre le World Trade Center, c'était la toute première bombe, si j'ai bonne souvenance, en 1993. Malheureusement, cette bombe a éclaté au sous-sol; là où elle se trouvait. Elle est morte et sa sœur et ses copines ont survécu. Quand on m'a annoncé la nouvelle, j'ai dis aux autres de ne jamais oublier la théorie que nous donnent les chevaux du lac Ladoga. Fuyant le feu, les chevaux sont entrés, par immersion brutale, dans le lac. Ce qui amena le lac à se congeler sur eux par la contradiction entre la chaleur du feu et la fraîcheur de l'eau. Fuyant le feu, ils sont morts de froid. C'est ça la vie. Espérons que ce que vous avez fait, ce que nous avons fait ensemble, continuera à édifier les générations à venir. Croyons en l Humanité; Je vous remercie". Propos recueillis par Mamadou Saliou Diallo www.nouvelledeguinee.com

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