Affaire du 19 juillet : dans la peau d'un détenu à la prison centrale de Conakry ( opinion )

Affaire du 19 juillet : dans la peau d'un détenu à la prison centrale de Conakry ( opinion )
0 commentaires, 13 - 9 - 2014, by admin

Par Sékou Chérif Diallo Le samedi 13 juillet 2013, la cour d’assises rendait son verdict dans ce qu’on a appelé « affaire de l’attaque du domicile privé du président de la République. » De la réclusion criminelle à perpétuité à des peines de 15 ou 5 ans, nous subissions sans défense la pire injustice d’un régime dictatorial qui voulait à tout prix anéantir la vie et la carrière de certaines personnes qui apparaissaient gênantes pour leurs activités politiques légalement défendues par notre constitution. Pour cela, rien de plus classique que d’inventer une tentative de coup d’Etat pour donner un caractère répressif à l’acte et apparaitre comme une victime. Mais c’est sans compter sur l’incompétence notoire des concepteurs d’une telle fourberie machiavélique dont l’évidence de la machination sautait aux yeux. J’ai réussi à garder ma sérénité durant tout le procès en relatant les faits jusqu’à mettre à nu les argumentaires de la partie civile qui surfait sur des accusations infondées et sournoisement concoctées pour simplement nuire. A l’annonce du verdict, ma sérénité n’a pas fléchie. Je savais déjà ce qui m’attendait car l’objectif de nos accusateurs était cela : Nuire. Devant l’inquiétude et les peines de ma famille et de mes proches, je cherchais à les rassurer. En vrai croyant je savais qu’on ne pouvait échapper à son destin. Il fallait qu’un certain Alpha condé soit au pouvoir pour subir cela. D’ailleurs, des malheurs sans précédent s’abattent sur les guinéens depuis son arrivée au pouvoir. Bref, à ma famille, je reste redevable pour l’éducation reçue qui m’a permis de surmonter tant d’obstacles de la vie. Aujourd’hui je suis incarcéré injustement à la maison centrale de Conakry et mes pensées vont à toutes les personnes qui m’ont soutenu et continuent de le faire dans un environnement de déni total de justice. La prison centrale qui avait été construite en 1930, au temps colonial pour 300 personnes contient plus de 1200 personnes de nos jours. Une cellule de moins de 2 mètres carrés contient 13 personnes entassées dans des cellules exiguës. Le 21 Mai 2014 le ministre Khalifa Gassama Diaby a effectué une visite surprise dans les prisons de la sureté centrale de Conakry. « Les détenus sont dans des conditions d’une indignité indescriptible. Les situations sont d’une injustice totalement incroyable », c’est en ces termes que le ministre guinéen des droits de l’homme et des libertés fondamentales avait décrit les prisons en Guinée. A partir de ma cellule, je fais tout pour survivre. Dans cette hostilité ambiante, un environnement malsain et constamment instable, les risques sont importants. Qui se soucierait de la mort d’un détenu dans un pays de dictature ? Face à notre situation, la prudence est de mise. A la maison centrale de Conakry, c’est un autre monde, une autre réalité, plus dure que celle qu’on pourrait imaginer. L’insalubrité des toilettes et les risques d’infections de toutes sortes maladies sont importantes. C’est une véritable torture morale et physique et nous n’avons pas où se plaindre. Nos geôliers n’hésitent pas à nous demander de l’argent pour pouvoir effectuer des appels téléphoniques. Quand un détenu meurt, les locateurs des différentes cellules cotisent pour l’achat du linceul. Donc, nous demandons à nos familles qui nous rendent visite de nous apporter un peu d’argent pour répondre aux exigences de nos geôliers. Nous avons droit à des visites que quelques heures dans la semaine. Nos familles nous envoient tous les jours à manger. C’est rassurant pour nous car nous nous méfions des aliments de la prison où des cas d’empoisonnement ont été fréquemment rapportés. D’ailleurs, c’est ce qui aurait coûté la vie à certains détenus civils et militaires notamment colonel Issiaga, Aidor ou encore Soufiane. Mais Dieu est grand. Après la condamnation, avec nos avocats nous avons fait un pourvoi en cassation à la cours suprême mais jusque-là aucune suite. Ce n’est pas vraiment étonnant quand on sait qui est le premier magistrat du pays. Aujourd’hui je garde le moral et je reste optimiste malgré la situation difficile dans laquelle je me trouve. Victime d’un règlement de compte politico-ethnique, je sais qu’un jour la justice triomphera du mensonge et de la dictature. Ce jour-là, je serai debout devant mes compatriotes et je témoignerai de mon vécu. Loin d’être une simple victime, je mènerai ce combat digne pour la liberté et la justice dans mon pays. En attendant je purge ma peine à la maison centrale de Conakry. Et je vous demande de continuer à prier pour tous les détenus politiques de Alpha Condé et toutes les victimes de son régime. La Guinée se relèvera forte de cette crise permanente depuis 2010. Sékou Chérif Diallo Sociologue/Journaliste blogueur En hommage aux victimes d’injustice en Guinée

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