Tirailleurs : le chagrin des indigènes

Tirailleurs : le chagrin des indigènes
0 commentaires, 12 - 8 - 2014, by admin

Par Thierno Monenembo Senghor les appelait les "dogues noirs de l'empire". La métaphore paraît salée, elle n'en est pas fortuite pour autant. Ces braves tirailleurs se sont battus comme des lions et, en retour, on les a payés à peine mieux que des chiens de garde. Il est vrai que leurs prestations furent revalorisées en 2007 même si la mesure ne concernait que celles du feu, à savoir la retraite du combattant et la pension militaire d'invalidité. Jusque-là, quand un ancien combattant de la métropole touchait 400 euros, un tirailleur sénégalais en percevait environ 190, un Algérien, 90, et un Vietnamien à peine 40. Il fallut attendre 2010 pour que la mesure soit étendue à la pension militaire de retraite et indexée sur les prestations de leurs collègues français. En somme, une ségrégation légale sous le toit d'une République connue pour ses intarissables leçons sur la démocratie et sur les droits de l'homme ! On parle d'un budget de 400 millions d'euros. C'est beaucoup et c'est trop peu. Les sous, les médailles et les fourragères ne sauraient guérir le chagrin de ces guerriers-là. Ils ont versé leur sang pour la métropole. Ils méritent d'être inscrits dans la mémoire de la France. De l'Afrique aussi, et j'allais dire surtout. Parce que ces pauvres hères ne furent pas seulement méprisés chez les Blancs, ils le furent aussi par leurs frères noirs. Se souvient-on qu'en 1958 Sékou Touré avait interdit l'accès à la Guinée aux tirailleurs sénégalais d'origine guinéenne, sous le prétexte qu'ils avaient servi la colonisation ? Se souvient-on que le même Sékou fut commis des PTT de l'administration coloniale, puis député au Palais-Bourbon et adjoint du gouverneur colonial ? Que Ben Bella fut un adjudant de l'armée française, héros de Monte Cassino ? Qu'Houphouët-Boigny fut pendant trois ans ministre de la France coloniale ? Qu'ils soient Sénégalais, Maghrébins ou Indochinois, ces hommes pleins de bravoure méritent le respect. Ils ont droit à une place de choix dans notre mémoire collective. Le président Abdoulaye Wade a eu raison d'instituer une journée du tirailleur sénégalais et de préconiser l'enseignement de son histoire dans les écoles françaises. Y aurait-il des bouches pour l'imiter et des oreilles pour l'entendre ? In Jeune Afrique

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