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Démocratie : pourquoi le "troisième mandat" présidentiel gangrène la politique africaine ?

Démocratie : pourquoi le
0 commentaires, 20 - 9 - 2022, by admin

Un concert prévu ce 17 septembre à Dakar au Sénégal est finalement interdit. Le mouvement citoyen à l’initiative de l’événement milite pour “la limitation à deux mandats présidentiels.” Cette annulation pose la question des enjeux démocratiques du troisième mandat présidentiel au Sénégal, mais aussi sur le reste du continent africain.
Le concert panafricain prévu à Dakar le 17 septembre n’aura pas lieu. Il devait être le démarrage d’une campagne citoyenne pour sensibiliser sur les enjeux démocratiques. La préfecture estime que la tenue de l’événement “comporte des risques de troubles à l’ordre public et d’accidents.” L’événement, dont le mouvement citoyen “Tournons la page”, est à l’initiative, se voulait en faveur d’une limitation à deux mandats présidentiels.
L’interdiction du concert survient alors que le président du Sénégal, Macky Sall, reste flou sur ses intentions politiques. Après des élections législatives où l'opposition talonne le camp présidentiel d'un seul siège à l'Assemblée nationale, va-t-il tenter de briguer un troisième mandat lors de l’élection présidentielle de 2024 ? Souvent vu comme un générateur d’instabilité dans les pays du continent africain, la problématique du troisième mandat présidentiel est une question récurrente. Quels en sont les enjeux ?
Un vecteur d’instabilité politique
En 2015, c'est un tournant au Burundi. La décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat en avril de cette année “a déclenché des manifestations, une répression brutale, une tentative de coup d’État mal préparée et une purge des chefs militaires considérés comme pas assez fidèles au président”, énumèrent Joseph Siegle et Candace Cook, dans un article du Centre d’études stratégiques de l’Afrique (un oranisme dépendant du département de la Défense des États-Unis et financé par le Congrès américain), paru en août 2021. Il ne s’agit pas d’un cas isolé. En Côte d’Ivoire, de violentes manifestations ont éclaté en août 2020, pour protester contre la candidature à un troisième mandat d’Alassane Ouattara.
Le Sénégal a failli expérimenter un troisième mandat du président Abdoulaye Wade. En 2012, lorsque le Conseil constitutionnel valide la troisième candidature de ce dernier, la ville de Dakar devient le théâtre de violents affrontements entre forces anti-émeutes et manifestants. Malgré cela, il maintient sa candidature, mais est battu. C’est Macky Sall qui est élu.
“Huit conflits internes ou politiques en cours en Afrique se déroulent dans des pays qui n’ont pas de limitation de mandat ou dans lesquels celle-ci n’a pas été respectée”, observent en 2021 Joseph Siegle et Candace Cook. “On est dans un cercle vicieux, on ne s’en sort pas” analyse de son côté Roger Koudé, professeur de droit international à l’Institut des droits de l'Homme de Lyon (IDHL), rattaché à l'université catholique de Lyon. “Non seulement ça rime avec l’instabilité mais ça appelle l’instabilité”, considère-t-il. “Quand tout le monde se rend compte que le jeu politique est verrouillé et que rien ne va bouger, ça signifie qu’il va y avoir une instabilité politique”.
Aussi, l’affranchissement de la limitation des mandats peut conduire certains présidents des pays concernés à leur perte. Le 5 septembre 2021, le président guinéen Alpha Condé est démis de ses fonctions par le Groupement des Forces spéciales, une unité militaire.
Moins d’un an auparavant, il avait été réélu pour un troisième mandat contesté. David Dosseh, initiateur du mouvement citoyen “Tournons la page”, qui milite pour une limitation à deux mandats présidentiels, estime qu’il est nécessaire de se poser la question de ce qui a conduit à ce coup d’État. Il considère que “un coup d’État est vraiment symptomatique du chaos suscité par la volonté d’un chef d’État de briguer un troisième mandat.”
Des raisons valables de s’accrocher au pouvoir ?
Malgré le risque de plonger un pays dans le chaos, comment expliquer l’obstination des dirigeants à s’accrocher au pouvoir ? Roger Koudé liste plusieurs hypothèses qui tentent de justifier cela. Selon lui, “ce sont tous des arguments qui ne tiennent pas.” “Le plus souvent, on va dire qu’en raison du contexte sécuritaire ou pour la stabilité du pays, il faut nécessairement un homme d’expérience capable de conduire le pays”, explique le professeur de droit international. Or, “il est difficile de croire que personne d'autre ne peut conduire le pays en dehors du président en place”, analyse-t-il.
TV5 Monde

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