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Les anciennes puissances coloniales, la Russie et l' Afrique ( Tribune )

Les anciennes puissances coloniales, la Russie et l' Afrique ( Tribune )
0 commentaires, 2 - 9 - 2022, by admin

Par Venance Konan
Lors de sa récente visite au Bénin, M. Emmanuel Macron, le chef de l’Etat français, en dénonçant la présence russe en Afrique, a accusé la Russie d’être « l’une des dernières puissances impériales coloniales ».
Qu’entend-il par-là ?
Veut-il dire que la Russie est le seul pays qui a encore des colonies en Afrique, ou que la Russie est le dernier pays, après d’autres, à arriver sur le sol africain pour en coloniser une partie ?
Je ne sais pas trop. Essayons de faire un peu d’histoire pour y voir peut-être plus clair. Remontons à l’esclavage.
Quels sont les pays qui sont venus prendre les Africains pour aller en faire des esclaves ?
Il y a eu d’abord les Arabes, que l’on a trop souvent tendance à oublier dans cette affaire de traite négrière. Puis il y eut les Européens. Il y eut essentiellement les Anglais, les Français, les Espagnols, les Portugais et les Néerlandais, qui vinrent chercher les Africains pour aller travailler dans leurs colonies des Amériques et des Antilles.
Dans mes cours d’histoire, je n’ai pas entendu dire que les Russes avaient participé aussi à ce trafic d’êtres humains. Même si l’histoire a retenu la présence de quelques esclaves ou descendants d’esclaves en Russie, tel Abraham Pétrovitch Hannibal, ancêtre du poète Alexandre Pouchkine.
Après l’esclavage, il y eut la colonisation de l’Afrique qui fut précédée par la conférence de Berlin qui se tint en 1884-1885. Parmi les treize participants, on note la présence de la Russie. Mais sur le terrain, ceux qui se partagèrent le continent noir furent l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et le Portugal.
Seuls l’Ethiopie et le Liberia échappèrent à l’appétit des puissances européennes. La Russie ne figure pas sur la liste des pays ayant possédé des colonies en Afrique. C’est beaucoup plus tard, lorsque les pays africains accédèrent à l’indépendance que certains d’entre eux optèrent pour l’idéologie communiste que véhiculait l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) anciennement et plus tard Russie. Certains pays choisirent de se mettre dans le giron soviétique pour échapper à l’étranglement qu’ils étaient en train de subir de la part de la France.
Ce fut notamment le cas de la Guinée de Sékou Touré. Lorsque ce dernier dit « non » à l’association que lui proposait le président français de Gaulle, la France s’en alla de la Guinée en emportant tout et tenta d’étrangler économiquement ce pays. En désespoir de cause Sékou Touré se tourna vers l’URSS qui, ne sachant peut-être pas où situer la Guinée sur une carte, lui envoya dans un premier temps des chasse-neiges.
Toutes les colonisations furent dures. Mais je crois que celles des Français et des Belges furent les plus dures. Parce que les Français instaurèrent ce qu’ils appelèrent les « travaux forcés » qui, comme leur nom l’indique, n’étaient rien d’autre que de l’esclavage, pendant que les belges coupaient les mains de ceux qui ne leur rapportaient pas assez de caoutchouc.
Dans son livre « terres d’ébène », le journaliste français Albert Londres décrit en détail toute la cruauté de l’exploitation du bois en Côte d’Ivoire et de la construction de la ligne de chemin de fer Congo Océan. De plus, les Français ramassèrent tous les hommes valides de leurs colonies pour aller se battre en Europe durant les deux guerres mondiales, sans que ces derniers ne comprennent pourquoi ils allaient se faire tuer si loin de leurs pays.
Et à la fin de ces guerres, on les paya vraiment en monnaie de singe, en estimant qu’ils ne pouvaient prétendre à la même pension que leurs compagnons d’armes français. Au Sénégal, au camp Thiaroye, ceux qui réclamèrent un peu trop bruyamment furent tout simplement tués.
Au moment des indépendances, les pays qui refusèrent l’indépendance aux conditions de la France en subirent les conséquences. Nous avons parlé du cas de la Guinée. Il y eut la guerre civile au Cameroun, menée par les troupes françaises contre les militants de l‘Union du peuple camerounais (UPC) qui voulaient l’indépendance.
La Russie qui n’a jamais eu de colonie en Afrique, en Amérique ou aux Antilles n’a donc jamais eu à traiter les Africains comme des sous-hommes sur leur continent ou ailleurs.
Jacques Foccart, l’homme chargé de l’Afrique par le général de Gaulle a raconté dans ses mémoires comment la France a renversé des pouvoirs africains qui ne se montraient pas suffisamment dociles à l’égard de la France, tout en protégeant de vrais tyrans tels Bokassa pour ne citer que celui-là, pourvu qu’ils se plient à la volonté de l’ancienne puissance coloniale.
L’année dernière on a vu M. Macron, président de la France, pays des droits de l’homme et de la promotion de la démocratie, aller adouber le fils d’Idriss Déby qui venait de succéder à son père en s’asseyant sur la constitution, au Tchad.
Dans le même temps, il ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger les putschistes maliens. Bon nombre de personnalités politiques françaises, à commencer par les plus hautes, ont aujourd’hui parfois des façons de s’adresser à nos autorités, même les plus hautes, qui fleurent bon le temps de la colonie.
La Russie se mêle-t-elle de nos affaires de cette façon ?
La France est notre amie, mais il faut avouer que c’est elle qui se comporte parfois, pour ne pas dire souvent, comme une puissance coloniale en Afrique. Et si elle ne le réalise pas, elle finira par perdre complètement son influence sur le continent.

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