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Lendemain de révolution

Lendemain de révolution
0 commentaires, 31 - 7 - 2022, by admin

Par Venance Konan
Les lendemains de révolutions ou de coups d’Etats ressemblent beaucoup aux lendemains de cuite. On passe la soirée à boire, à être euphorique, joyeux, et on se réveille le lendemain avec un sacré mal de tête et une gueule de bois. On se jure alors que ce sera la dernière fois que l’on se laissera aller ainsi. Promesse que l’on oublie sitôt la gueule de bois effacée. Je n’oublierai jamais la joie de ces personnes qui exultaient et dansaient dans les rues ivoiriennes ce 25 décembre 1999, lorsque la Côte d’Ivoire connut son premier coup d’Etat, contre Henri Konan Bédié. Elles déchantèrent rapidement lorsque celui que l’on avait surnommé le « père Noël en treillis », Robert Guéï, tenta de confisquer le pouvoir et que son règne se mua en une sinistre et sanglante farce.
Il en est de même au Burkina Faso, où le tombeur du tombeur de Blaise Compaoré est venu tirer ce dernier, qui venait pourtant d’être condamné à la prison à vie, de son exil ivoirien pour le consulter en 48 heures, avant de le ramener. Auparavant il avait reçu celui qu’il avait renversé, Roch Christian Marc Kaboré, pour le consulter aussi. Bien sûr, tout cela fut masqué sous le terme de « la réconciliation », contre laquelle il est politiquement incorrect de s’opposer, mais personne ne fut dupe.
Les tombeurs du président Kaboré n’arrivent plus à faire face aux assauts des djihadistes qui sont sur le point de prendre le contrôle de tout le pays, ou tout au moins de le rendre complètement ingouvernable.
Blaise Compaoré, lui, avait été renversé parce qu’il voulait s’éterniser au pouvoir. Alors ses adversaires firent descendre la population dans les rues, il y eut des morts et des blessés, ils incendièrent le palais de l’Assemblée nationale et un grand hôtel voisin et le « beau » Blaise finit par partir. Les Burkinabè comprirent très vite qu’une chose est de renverser un président, mais une autre est de gouverner le pays.
Devant l’ampleur des massacres perpétrés par les djihadistes, ils comprirent que Blaise Compaoré qu’ils avaient chassé comme un malpropre n’avait pas que des défauts. Et ils remarquèrent que sous lui, il n’y eut aucune attaque djihadiste.
Mais aujourd’hui, a-t-il encore les réseaux et les moyens qui lui permettaient de contenir les assassins islamistes ?
Toujours est-il que les militaires finirent par renverser le tombeur de Compaoré, sous les acclamations du bon peuple.
Mais n’est-il pas pathétique de voir le nouvel homme fort du pays demander plus tard conseil à celui qu’il accusait d’incompétence ?
Les Burkinabè commencent à se réveiller péniblement de leur cuite. Ils voient bien que le seul résultat tangible des militaires au pouvoir est l’augmentation de leurs seuls salaires pendant que la population se fait massacrer tous les jours.
Au Mali voisin, nos putschistes se sont mis à dos tout le monde, à commencer par leurs voisins immédiats de la CEDEAO et ont changé de partenaire pour les aider à lutter contre le terrorisme. On a annoncé dans un premier temps que l’armée malienne avait soudainement retrouvé ses compétences et remportait de nombreux succès face aux djihadistes, et certains Maliens se dirent que les Russes étaient vraiment trop forts. Mais l’on s’est très vite rendu compte que les effets collatéraux sur les populations civiles étaient très lourds et peut-être même que l’on tuait plus de pauvres paysans que de terroristes.
Le résultat le plus visible et indiscutable est que les djihadistes qui sévissaient jusque-là loin de la capitale ont frappé ces derniers temps des localités de plus en plus en plus proches de Bamako, et ont poussé le culot jusqu’à attaquer le camp militaire de Kati, situé à seulement une quinzaine de kilomètres de là. Mais avant cela, toutes les libertés commencent à être étouffées, les opposants traqués et muselés, le sadisme ayant été poussé jusqu’à laisser mourir l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga sans soins. Les Maliens commencent eux aussi à se réveiller de leur cuite.
En Guinée, il y a longtemps que les leaders politiques ont retrouvé leur lucidité. La population à son tour commence à se réveiller de la beuverie. Tout le monde commence à comprendre qu’avoir de gros muscles et un gros fusil, et porter des lunettes noires ne rend pas forcément plus intelligent et plus compétent pour diriger un pays.
La leçon que nous devrions tous tirer de ces expériences est que, quels que soient les défauts d’un pouvoir démocratiquement élu, nous ne devrions jamais souhaiter un coup d’Etat. Et s’il survient malgré tout, nous devrions nous garder de l’acclamer. Parce que généralement les coups d’Etats précèdent la descente en enfer pour le pays et ses habitants.

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