Bolivie: prison requise contre l'ex-présidente Añez, accusée d'avoir renversé Morales

Bolivie: prison requise contre l'ex-présidente Añez, accusée d'avoir renversé Morales
0 commentaires, 15 - 3 - 2021, by admin

Le parquet bolivien a requis dimanche six mois de prison préventive contre l'ancienne présidente de droite Jeanine Añez, dans une affaire de coup d'Etat présumé contre l'ancien président Evo Morales, les organisations internationales appelant à un processus judiciaire transparent.
Trois procureurs ont signé l'acte d'accusation pour l'application "de mesures de précaution consistant en une détention préventive [...] pour une période de six mois" dans des prisons de La Paz, indique le document publié dimanche.
La télévision a montré samedi des images de l'ancienne dirigeante à son arrivée à l'aéroport de El Alto à La Paz, en présence du ministre de l'Intérieur et de plusieurs policiers. Visée par un mandat d'arrêt pour "sédition" et "terrorisme", elle a aussitôt qualifiée sa détention d'"illégale" devant la presse.
Le gouvernement "m'accuse d'avoir participé à un coup d'Etat qui n'a jamais eu lieu", a écrit sur Twitter Mme Añez, arrêtée dans la localité amazonienne de Trinidad, à 600 kilomètres de la capitale. Une fois à La Paz, elle a été emmenée dans les bureaux du ministère public pour y être interrogée.
Evo Morales (2006-2019) a dénoncé la "dictature" du gouvernement de Mme Añez, pendant lequel il avait lui-même été visé par une enquête pour sédition et terrorisme. Il a réclamé que soient "sanctionnés" les responsables du "coup d'Etat" de novembre 2019.
A l'issue de l'élection présidentielle d'octobre 2019, au cours de laquelle Evo Morales briguait un quatrième mandat, et de la confusion qui avait entouré les résultats le donnant vainqueur, l'opposition avait crié à la fraude. Des troubles et des violences avaient suivi le scrutin, finalement annulé.
Sur fond de manifestations au cours desquelles au moins 35 personnes avaient été tuées, la police et l'armée avaient retiré leur soutien à M. Morales. Ce dernier avait finalement démissionné avant de s'exiler au Mexique puis en Argentine.
Jeanine Añez, deuxième vice-présidente du Sénat, avait prêté serment le 12 novembre 2019. Le parti d'Evo Morales avait alors dénoncé un "coup d'Etat".
M. Morales est revenu en Bolivie après la victoire de son dauphin Luis Arce à l'élection présidentielle d'octobre 2020.
Deux ex-ministres arrêtés
Avant Mme Añez, deux anciens membres de son gouvernement ont été arrêtés à Trinidad, les ex-ministres de l'Energie et de la Justice, Rodrigo Guzman et Alvaro Coimbra.
L'enquête du parquet fait suite à une plainte déposée en décembre par Lidia Patty, une ancienne députée du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d'Evo Morales et de Luis Arce.
Elle accuse Mme Añez et d'anciens ministres, responsables militaires et policiers d'avoir renversé M. Morales en novembre 2019 et a déposé plainte pour "sédition", "terrorisme" et "conspiration".
Le mandat d'arrêt concerne trois autres anciens ministres du gouvernement intérimaire: Yerko Nuñez (Présidence), Arturo Murillo (Intérieur) et Luis Fernando López (Défense). Ces deux derniers ont quitté la Bolivie en novembre. Il cible également aussi les anciens commandants militaires William Kaliman et Sergio Orellana, ainsi que l'ex-chef de la police Yuri Calderon.
La plainte vise aussi le dirigeant régionaliste de Santa Cruz (est), Luis Fernando Camacho, qui a joué un rôle clé dans les manifestations ayant conduit au départ d'Evo Morales. Elu gouverneur le 7 mars, il ne fait toutefois pas l'objet d'un mandat d'arrêt.
L'influente conférence épiscopale de Bolivie a réclamé dans un communiqué "la mise en liberté immédiate des personnes arrêtées". Les évêques "ne peuvent rester passifs alors que l'on poursuit des citoyens qui ont servi la Bolivie" dans "des moments difficiles de son histoire", écrit l'épiscopat.
Deux ex-présidents boliviens, Carlos Mesa (2003-2005) et Jorge Quiroga (2001-2002), ont séparément dénoncé les arrestations et les mandats d'arrêt. "Nous sommes dans un processus de persécution politique pire que dans les dictatures", a déclaré le centriste Carlos Mesa sur Twitter.
"Transparence"
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé au respect "de procédures équitables et d'une transparence totale", dans un communiqué de son porte-parole.
L'Union européenne a aussi réagi par la voix de son chef de la diplomatie, Josep Borrell, qui a tweeté: "Les accusations pour les événements de 2019 doivent être résolues dans le cadre d'une justice transparente et sans pression politique, dans le respect de l'indépendance des pouvoirs."
La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) de l'Organisation des Etats américains (OEA) a déclaré sur Twitter qu'elle "exhorte l'Etat bolivien à respecter les normes interaméricaines en matière de garanties, d'indépendance et de protection judiciaires".
Ce dimanche a aussi été arrêté un activiste civil de droite, Yassir Molina, que le gouvernement accuse de diriger un groupe de choc qui a participé aux manifestations contre Evo Morales en 2019.
Afp

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