Ben Daouda Sylla n'est plus: dors en paix l'homme libre ( le vibrant hommage de Abdoulaye Condé )

Ben Daouda Sylla n'est plus: dors en paix l'homme libre ( le vibrant hommage de Abdoulaye Condé )
0 commentaires, 19 - 10 - 2020, by admin

Par Abdoulaye Condé
Quel violent séisme que ce paralysant coup de fil reçu, de Fatoumata Barry de Fria, ce dimanche, jour électoral présidentiel Guinéen, m'annonçant le décès de mon ami et frère, Ben Daouda Sylla "BDS", Grand symbole de la la liberté et de l'indépendance du journalisme.
Sous le choc de la triste réalité, des souvenirs de tout genre d'un collaborateur, d'un ami, d'un frère, de celui qui a été un proche, un intime entre les années 80 - 90 - 2000 me torturent les méninges. Mais, je manque de force face à la terrible épreuve pour évoquer Ben Daouda Sylla, le patron de Midi-Infos, le journal dominical des dimanches, le journaliste présentateur vedette de tous les temps, sous la supervision Mamadouba Diabaté, de Guinée-Soir la grande édition du Journal Parlé de la Radiodiffusion nationale diffusé à 19 heures 45, le téméraire correspondant de la Radio panafricaine "Africa N°1".
Il a énormément contribué à conférer à la grande édition du Soir l'audience des grandes écoutes. Le ministre de l'information de l'époque, feu Zainoul Abidine Sanoussy, son professeur et directeur à l'école Normale de Maneyah, le directeur de la Radiodiffusion nationale de l'époque, Cheick Fantamady Condé étaient tous les soirs dans les studios pour suivre de près la belle voix qui avait l'art de structurer et de rendre l'actualité du Jour avec toute son équipe.
L'une des imposantes voix de l'histoire de la Rtg, Ben Daouda s'est, tout d'abord voulu journaliste libre et s'est battu pour une information débarrassée des oripeaux officiels, l'information qui intéresse ses auditeurs, le public et non la propagande du Système en place. Ce principe pour lequel il a justifié son choix de la profession lui a valu la sanction la plus extrême qu'aucun journaliste du service public n'a subi en Guinée : des avertissements, suspension à répétition du micro et de séjour à la Rtg, suspension de salaire pendant plus de 10 ans jusqu'à la radiation des effectifs de la fonction publique, en passant par des menaces, harcèlement etc. Ce supplice BDS l'a supporté au nom de la liberté de la collecte, du traitement et de la diffusion de l'information.
Contrairement à la règle établie, Ben Daouda, quand il est à la présentation, ouvre généralement le journal par des nouvelles les plus poignantes au plan local ou international, quitte à se faire réprimander par ses chefs pour avoir relégué au second rang l'actualité présidentielle ou gouvernementale.
Dans la même logique, il a été le seul journaliste à faire échos sur les antennes de la RTG des nouvelles concernant les opposants de l'époque notamment Alpha Condé quand ce dernier était systématiquement diabolisé.
Il était encore plus libre sur les antennes d'Africa N°1 où il s'est jamais laissé influencé encore moins manipulé. Si l'argent, comme pour tout homme, était un besoin pour lui, jamais il n'a voulu être l'esclave du billet de Banque. D'ailleurs, Ben Daouda a vécu tel qu'il était sans chercher à forcer la richesse financière ou matérielle.
Il était avec Yamoussa Sidibé, Alpha Kabinet Doumbouya, les rares journalistes du service public qui acceptaient les invitations du secrétaire général puis du Président du RPG dans les années 90 et se rendaient à Mafanco à visage découvert. Il en faisait autant avec tous les acteurs politiques de l'époque : feu Ba Mamadou, feu Siradiou Diallo, feu Jean Marie Doré, Sidya Touré. Il était toujours disposé, au compte d'Africa N° à couvrir leurs activités ou à tendre son micro.
Malgré son statut de fonctionnaire, BDS animait et signait des articles qui se voulaient objectifs dans les journaux privés indépendants. Dans le contexte de l'époque, c'était héroïque.
Il n'a jamais eu l'âme d'un militant, mais il a compris trop tôt que la richesse d'un journaliste, c'est sa crédibilité qui s'acquiert dans l'équilibrage des nouvelles, le recoupement des infos et le traitement égal des acteurs politiques, économiques ou sociaux. Citoyen d'honneur de la ville Américaine de Nebraska en 1988, les chancelleries et l'opinion avaient pour lui, le respect et l'estime d'un honnête homme.
Professionnel, Ben Daouda l'a été jusqu'à son dernier souffle.
Quand le patron d'Africa N° 1 lui a demandé en 2003 de proposer un journaliste pour une tournée de travail en Afrique Centrale avec pour point central Malabo (Guinée Équatoriale) qui célébrait les bienfaits de la découverte pétrolière, Ben Daouda m'a fait l'honneur de me désigner comme représentant de la Guinée dans le groupe de journalistes africains choisis sur des critères strictement professionnels. Il me recevait souvent dans ses revues de presse sur Africa N° 1 pour décrypter l'actualité.
Personnellement, je perds un ami, un frère, un intime. Nous sommes restés très liés, très proches. À cause de ses liens très forts, il était souvent chez moi à Dixinn et je ne quittais pas Boulbinet. Longtemps, je suis resté Parrain de sa belle sœur Cathy, la sœur de son épouse Rica Mady Ben, pour qui j'ai une pensée profondément recueillie en ce dimanche endeuillé. Pensée profondément émue également pour ma sœur Issatou Barry, sa seconde épouse.
En cette circonstance très douloureuse, mes souvenirs me fixent sur nos nombreux amis et frères communs : Alpha Kabinet Doumbouya, Mamadouba Diabaté, , , Ousmane , Ibrahima Kalil Diakité, de la SONO MONDIALE, Serge Daniel, Yamoussa Sidibe, Hawa Touré, Amadou Diallo, Abou Maco, Abdourahamane Diallo, Ibrahima Ahmed Barry, Issa Condé, Facinet Sankhon, , Fodé Tass Sylla, Alhassane Mohamed Diakité, Bangaly Sylla etc. Tous te pleurent et prient pour toi. Comme ils l'ont fait pour tes devanciers célèbres du micro : Aly Badara Diakite ABD, Abdoulaye Camara, l'ancien Patron de RTG MIDI, Sekou Mady Traoré, ton successeur à MIDI INFOS, Aboubacar Cissé, ton ami et major Normalien, Mariam Bah, Ibrahima Sylla, l'ancien maître de la réalisation du JT de 20 heures 30, tes doyens Cheick Sylla, Almamy Laye Soumah, Thierno Diaka Souaré, Seydouba Sylla, Abdourahamane Diallo DZ
Dors en Paix, champion de la la liberté. VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, t'accueillir dans son éternel Paradis. Amen

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