La force tranquille de l’infiniment petit

La force tranquille de l’infiniment petit
0 commentaires, 27 - 4 - 2020, by admin

Par Tierno Monenembo
L’Homme a été créé à l’image de Dieu. Soit. Et le virus ? A l’image du Néant, serait-on tenté de dire : il n’existe pas ou presque. Et même s’il existe, nous ne le voyons pas. Et serait-il visible, nous n’y aurions pas prêté attention.
Les oiseaux de Hitchcock non plus, personne ne les avait remarqués jusqu’à ce qu’ils surgissent par milliers pour démolir, à coups de becs, les grilles des palais et les visages des enfants.
Au fond, nous n’avons d’yeux que pour nous-mêmes. Tout le reste- roches, arbres, singes, reptiles et pachydermes- nous le regardons de haut. Ce n’est qu’un décorum. Rien que la Nature, ce monde insensé, cette jungle qu’il nous revient de dompter.
« Nous avons pensé que s’affranchir de la nature était un gage de notre intelligence et de notre puissance. Or, plus on s’affranchit de la nature, plus on devient vulnérable ». (Nicolas Hulot)
Des bobards ! Les sages n’ont qu’à pérorer, les écologistes, à multiplier les signaux d’alarme ! Rien ne nous enlèvera de la tête que nous sommes le centre de la vie, la raison d’être de ce monde. Cette jolie petite planète est notre bien personnel. Nous avons le droit d’en faire ce que nous voulons. Et pourtant, nous ne sommes sur terre que depuis 100 000 ans, 5 secondes à peine à l’échelle géologique !

Des milliers d’espèces vivantes ont disparu avant le premier Homo Sapiens et des milliers d’autres survivront au dernier (en particulier les microorganismes, les mieux adaptés à la vie). La vie a existé avant nous, elle existera après nous. Nous ne sommes pas la vie, nous n’en sommes qu’un dérisoire segment, eut-on inventé la machine à vapeur et le football. Est-ce donc si difficile de le comprendre et de le faire comprendre à nos petits ?
Comme Yersinia pestis naguère, comme le HIV au début des années 80, Coronavirus vient nous rappeler que nous ne sommes pas les plus forts. Notre humaine condition est encore une fois mise à rude épreuve. Les flottes, les artilleries lourdes et les boucliers nucléaires ne protègent pas de tout. Voilà qu’un misérable petit virus bloque à lui seul la machine économique mondiale et confine à domicile la moitié du genre humain ! Ni l’Armée Rouge ni l’Armée Américaine ni la Wehrmacht n’aurait réussi une telle prouesse.
Mais Général Cornovirius n’a pas fait que ça, nous révéler notre extrême fragilité : que l’on soit Noir, Blanc, Rouge ou Jaune ; que l’on soit locataire d’un bouge de Kinshasa ou du Palais de Buckingham. Il a aussi jeté une lumière crue sur les méfaits de notre mode de vie sur l’environnement.
La qualité de l’eau et de l’air s’est nettement améliorée depuis qu’il nous a imposé le grand confinement. Les eaux des canaux de Venise sont devenues limpides, ce qui a favorisé le retour des poissons et des autres animaux marins. Il paraît qu’on a vu un dauphin barboter dans un port de Sardaigne et des sangliers, « casser la noisette » sur les ramblas de Barcelone.
En si peu de temps, la nature a repris ses droits. Cela me rappelle un article scientifique que j’ai lu il y a deux ou trois ans : trois cents après la disparition de l’Homme, il ne resterait debout que deux de ses œuvres : la muraille de Chine et la pyramide de Gizeh. New-York ne serait plus qu’une mini- Amazonie et les Champs-Elysées, ma foi, la grande bauge des laies et des marcassins.
Ô, la belle, ô la grandiose œuvre humaine !
Source: Le Point

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