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Feguifoot: les failles cachées du du programme " CAP 2030"du candidat Kalil Kaba

Feguifoot: les failles cachées du du programme
0 commentaires, 18 - 10 - 2026, by admin

À dix jours du scrutin du 27 octobre 2026, la course à la présidence de la Fédération Guinéenne de Football (FEGUIFOOT) atteint son paroxysme.
Les 53 grands électeurs s’apprêtent à faire un choix déterminant pour l’avenir du ballon rond national. Alors que les programmes se dévoilent, Bafilanews.com poursuit son travail d’investigation et d’analyse. Après un premier survol des grandes orientations, notre rédaction s’est penchée à la loupe sur le document du Dr Ibrahima Khalil Kaba, intitulé «CAP 2030».
Sous ses atours de traité méthodique, le programme révèle des fragilités structurelles et des incohérences de taille. Une lecture croisée des pages, des tableaux budgétaires et des calendriers met en lumière un décalage préoccupant entre les ambitions affichées et les garanties réelles de financement. Décryptage d’un château de cartes.
LE MIRAGE D’UN BUDGET «INTÉGRALEMENT FINANCÉ»
Le premier écueil, et non des moindres, réside dans l’architecture financière. Le document annonce une enveloppe de 23,2 millions de dollars, affirmant péremptoirement que ses promesses sont «intégralement financées». Or, l’analyse rigoureuse des pages 17 et 21 révèle que 12,2 millions de dollars soit 52,6 % du budget sont des ressources «à conquérir». Des recettes insuffisantes obligeraient mécaniquement à réduire ou reporter les engagements.
Pis, le programme s’adonne à une confusion dangereuse entre les ressources fédérales et l’argent des clubs. Le budget intègre en effet 1,2 million de dollars d’indemnités de formation et de solidarité. Comme le confirme la FIFA, ces sommes reviennent de droit aux clubs formateurs et ne sauraient être diluées dans les caisses de la Fédération sans une justification légale.
Autre illusion comptable: la promesse d’une «réserve de 10 %» pour absorber les imprévus (p. 70-71). Un vœu pieux, puisque le tableau de répartition alloue déjà la totalité du budget. Sans base financière clairement définie, cette réserve n’existe pas.
UN MANQUE DE RIGUEUR DANS LA TRÉSORERIE
La solidité d’un programme se mesure à sa capacité à faire face à l’imprévu. Sur ce point, CAP 2030 est à la dérive. Le programme mise sur un «scénario haut», avec un premier palier de 12 millions de dollars supplémentaires qui déclencherait les opérations E4 à E11. Problème: ces opérations coûtent 15 millions. Il manque donc 3 millions de dollars. Le document omet de préciser quelles opérations seraient sacrifiées.
De plus, il manque cruellement un véritable «budget de repli». Aucun scénario réduit n’est chiffré, laissant présager des décisions prises dans l’urgence en cas de difficulté. Le calendrier de trésorerie est tout aussi incomplet: le document ne montre pas, trimestre par trimestre, quand l’argent sera encaissé et quand les dépenses devront être payées. Un budget équilibré sur quatre ans peut ainsi provoquer des impayés envers les clubs, les arbitres ou les fournisseurs.
DES RECETTES COMMERCIALES ET DES AIDES AUX CLUBS FANTASMÉES
Le programme table sur 4,5 millions de dollars de recettes commerciales (sponsoring, droits, billetterie), sans distinguer les frais de production, d’exploitation ou les reversements aux clubs. Impossible de calculer la contribution nette au budget fédéral. La rentabilité commerciale est affirmée sans démonstration complète: le fameux rapport de «dix pour un» (450 000 dollars d’investissement pour 4,5 millions de recettes) ne mesure ni le bénéfice ni les recettes nouvelles réellement créées. L’autofinancement annoncé dès la troisième année ne s’appuie sur aucun compte d’exploitation.
Quant à l’aide aux clubs, elle est présentée de manière trompeuse. Les «13 000 dollars par club et par saison» sont calculés en divisant tout le budget du projet P4. Or, ce budget finance aussi la formation, les licences, le contrôle et le transport. Le montant réellement distribuable n’est jamais précisé. Le texte affirme qu’aucun projet ne dépend de l’atteinte de l’objectif commercial, mais indique dans le même souffle que l’appui aux clubs dépend directement de ces recettes. Aucun montant minimal garanti n’est donné.
LE PIÈGE DES INFRASTRUCTURES
Le volet infrastructure est un autre talon d’Achille. La promesse de mettre six enceintes aux normes repose sur une contribution fédérale de 2,5 millions de dollars. Le coût complet reste inconnu, puisque le gros œuvre et les tribunes restent à la charge de l’État. Sans financement complémentaire confirmé, la livraison des six enceintes ne peut être tenue pour acquise. De plus, la Fédération dépend de décisions qu’elle ne maîtrise pas: travaux publics, conventions d’usage et autorisations. Publier un calendrier ne garantit pas que l’État respectera ses engagements, et le programme manque d’alternatives en cas de retard.
Les préalables fonciers (droits d’usage, pièces cadastrales) ne sont pas annexés, ce qui pourrait décaler les dépôts de dossiers et les travaux. De plus, la règle de ne pas engager de nouveaux chantiers tant que les anciens ne sont pas réceptionnés est sage, mais elle peut paralyser tout le programme si un seul chantier traîne.
Enfin, l’entretien est annoncé sans budgets détaillés. Les provisions de maintenance sont prévues dans leur principe, mais leurs montants annuels par site sont absents. Les dépenses permanentes (énergie, hébergement, maintenance des centres et des outils numériques) sont insuffisamment explicitées. Le financement des investissements ne démontre donc pas celui de leur utilisation continue. Le centre de Kindia en est l’exemple parfait: l’engagement porte surtout sur les études et le foncier. Sa construction dépend de cofinancements ou du scénario haut. Il ne faut donc pas le présenter comme un centre effectivement livré.
LE GRAND BAZAR DES CALENDRIERS ET DES CIBLES
La lecture du programme révèle un déficit de cohérence flagrant. La captation intégrale des aides est difficile à rapprocher du calendrier des jeunes, car certaines compétitions sont reportées à 2027-2028 ou 2028-2029, exigeant une estimation des recettes réellement accessibles.
Le programme traite l’accès à un stade, un siège et un centre d’entraînement comme un «verrou global». Or, les règles de la FIFA (Forward 3.0) distinguent les projets répondant à ces besoins fondamentaux, et une mauvaise lecture pourrait retarder inutilement certains dossiers. La première année de certification des comptes est mal expliquée: le programme vise trois exercices sur quatre, tout en annonçant un audit chaque année. Il faut préciser le traitement des comptes de 2027 et distinguer un audit avec réserves d’une absence d’audit.
L’éligibilité aux aides voyages et équipement n’est pas simulée année par année, alors que le programme souhaite augmenter fortement les ressources. La consultation est placée après la présentation du plan à la FIFA (jours 31 à 60), avant les États généraux (jours 61 à 100) censés fonder la feuille de route. Cette contradiction jette un doute sur l’influence réelle de la consultation.
Le tableau de bord public a deux échéances contradictoires (100 jours puis 3e année). La révision du plan féminin a deux dates (1re année vs 2028). Les compétitions féminines de jeunes ont deux saisons de démarrage (2028-2029 vs 2027-2028). Les échéances du stade du 28 Septembre sont mal harmonisées (18 mois de travaux, homologation en 2027, fin des délocalisations en 2027-2028).
DES INCOHÉRENCES EN CASCADE
Les recettes audiovisuelles sont prévues en 2028, alors que la feuille de route situe leur commercialisation en 2029. Même décalage pour la billetterie (recettes en 2028, délégation de gestion effective en 2029). Les engagements sont susceptibles d’être modifiés après l’élection, sans distinction entre cibles fixes et révisables. Plusieurs résultats attendus (licenciées, encadrants, académies, matches diffusés) n’ont aucune quantité précise, renvoyés à un diagnostic ultérieur.
Le budget féminin total est impossible à reconstituer: la ligne P7 existe, mais d’autres projets financent aussi les joueuses. L’absence d’un total transversal empêche de vérifier l’effort réel. La certification des académies est peu définie (pas de cahier des charges, ni de coûts, ni de recours). La protection des jeunes manque de procédures concrètes (contrôles, signalements, responsabilités). Le financement territorial est invérifiable (P8 couvre huit ligues, districts, scolaire, diversifié, mais la répartition n’est pas détaillée).
Les objectifs sportifs (CAN, Mondial 2030, titre à 10 ans) restent des ambitions sans étapes mesurables. Le redéploiement du personnel (nouvelles fonctions sans hausse de masse salariale) n’est pas démontré. La numérisation obligatoire manque de procédures de secours en cas de panne. L’articulation avec CLOP (plateforme de la CAF) n’est pas expliquée, risquant de créer des doubles saisies. L’incompatibilité club-Fédération ne définit pas les sanctions ou recours. Les économies fiscales sont conditionnelles et non garanties. Les dispositifs légaux (fonds de développement, mutuelle) sont traités comme des ressources à confirmer.
Enfin, le document contient des erreurs factuelles étonnantes: le programme parle de trois piliers pour Simandou 2040, alors que la présentation officielle en distingue cinq. On note aussi des erreurs de relecture: trois distinctions annoncées puis quatre développées, huit risques annoncés mais onze listés, P1 présenté comme le plus petit budget alors que P10 est inférieur.
LA RÉALITÉ RATTRAPE LE PROGRAMME
Alors que la campagne bat son plein, les hypothèses financières doivent être actualisées. La CAF a annoncé le 14 octobre une allocation annuelle cumulée allant jusqu’à 700 000 dollars par association. Le 15 octobre, la FIFA a présenté un projet portant les allocations à 25 millions par association. Ces annonces imposent une actualisation du financement, sans effacer les contradictions internes du programme publié.
Le 27 octobre prochain, les grands électeurs auront une responsabilité immense. Ils devront choisir entre un programme séduisant sur le papier mais fissuré par des montages financiers incertains, et une vision plus pragmatique, ancrée dans le réel et la redevabilité. L’avenir du Syli, et de tout le football guinéen, dépendra de ce choix.
BafilaNews.com

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