Par Sékou Sylla
Le massacre du 28 septembre 2009 reste une plaie ouverte en Guinée. Dix-sept ans plus tard, le président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Alexis Deswaef, est à Conakry.
C’est la première fois qu’il assiste à la commémoration. Il vient soutenir les victimes alors que le processus judiciaire stagne. Il a rencontré les victimes, les organisations guinéennes engagées à leurs côtés depuis 2009 et les autorités du pays.
Conakry, lundi 28 septembre 2026. La FIDH réaffirme son engagement avec son organisation membre en Guinée, l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH), et avec l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (Avipa).
Alexis Deswaef a livré un message clair : « Dix-sept ans après, les victimes ne réclament pas seulement un devoir de mémoire. Elles veulent que la justice passe, que chaque responsabilité soit établie et que les réparations deviennent réelles. Le processus judiciaire subit aujourd’hui de graves revers. Ma présence à Conakry est un geste de solidarité. La FIDH restera aux côtés des victimes tant que leurs droits à la vérité, à la justice et à la réparation ne seront pas pleinement respectés. »
Le 28 septembre 2009, des dizaines de milliers de personnes se réunissent au stade de Conakry. Elles réclament une transition démocratique et des élections libres. Le rassemblement est pacifique.
Les forces de défense et de sécurité le répriment violemment. Des membres de la garde présidentielle sont impliqués. Le bilan est terrible :
– au moins 156 personnes ont été tuées ;
– des dizaines d’autres sont toujours portées disparues ;
– plus d’une centaine de femmes ont subi des viols et d’autres violences sexuelles.
Les victimes attendent treize ans. Le procès s’ouvre enfin le 28 septembre 2022. La FIDH, l’OGDH et l’Avipa se constituent parties civiles. Elles accompagnent près de 750 victimes tout au long de la procédure.
Le 31 juillet 2024, le Tribunal criminel de Dixinn rend son verdict. Il reconnaît la responsabilité de plusieurs hauts responsables guinéens. Il requalifie les faits en crimes contre l’humanité. Il condamne à de lourdes peines l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara, ainsi que plusieurs hauts gradés.
Le verdict fait date. Pourtant, ses acquis vacillent aujourd’hui. Trois événements ont porté un coup sévère au dossier :
– Moussa Dadis Camara reçoit une grâce présidentielle le 28 mars 2025.
– Claude Pivi meurt en détention le 6 janvier 2026.
– Aboubacar Diakité, dit Toumba, meurt à son tour en détention le 25 mars 2026.
Avec ces deux hommes, des éléments clés du dossier ont disparu.
Cette seconde phase s’ouvre le 18 décembre 2025. Elle se tient devant le même tribunal, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry. Elle enchaîne pourtant les décisions défavorables aux parties civiles.
Le 23 février 2026, la procédure contre Georges Oulemou, Thomas Touaro et Jean-Louis Kpoghomou est annulée pour vice de forme. Les trois hommes retrouvent la liberté.
Le 27 juillet 2026, le colonel Bienvenu Lamah est acquitté de tous les chefs d’accusation. Le procès a duré sept mois. Le procureur avait requis dix ans de prison. L’officier avait passé plus de trois ans et huit mois en détention préventive. Il est ensuite promu général. Cette promotion suscite l’indignation des victimes et de leurs soutiens.
Le collectif d’avocats des parties civiles a fait appel. Le ministère public aussi.
Pour la FIDH, l’OGDH et l’Avipa, un enjeu domine désormais. Il faut ouvrir le procès en appel contre Moussa Dadis Camara et les autres condamnés de juillet 2024. Il faut aussi poursuivre les procédures visant les autres personnes impliquées. L’indemnisation des victimes reste largement insatisfaisante. Un décret du 26 mars 2025 prévoit un premier versement. Il est financé par le budget national. Il concerne les 334 victimes reconnues par le jugement de juillet 2024.
Mais plus de 400 autres parties civiles en sont exclues. Aucune explication claire ne leur a été donnée. Aucun calendrier non plus. En septembre 2026, environ 200 victimes auraient réellement été indemnisées. Les critères de sélection manquent de transparence. Les modalités d’attribution aussi.
Ce dossier illustre le principe de complémentarité. Il associe justice nationale et justice internationale. La Cour pénale internationale (CPI) ouvre un examen préliminaire en 2009. En 2022, son Bureau du Procureur signe un mémorandum d’entente avec les autorités guinéennes.
Le texte engage les deux parties à coopérer. Les auteurs des crimes du 28 septembre 2009 doivent rendre des comptes. Le Bureau du Procureur peut aussi réévaluer sa position dans plusieurs cas : atteinte à la procédure, sanctions inefficaces, obstruction ou retards injustifiés.
Depuis 2009, le Bureau du Procureur accompagne le processus guinéen. Il a effectué plusieurs missions dans le pays. Cette affaire est ainsi devenue une expérience majeure de justice nationale pour des crimes internationaux.
La FIDH s’interroge aujourd’hui. La grâce accordée à Moussa Dadis Camara est intervenue avant l’autorité de la chose jugée. Les incertitudes sur l’appel persistent. Ces éléments soulèvent de sérieuses questions au regard des engagements de 2022.
Selon la FIDH, la crédibilité de l’expérience dépend des autorités guinéennes. Elles doivent laisser la procédure aller à son terme. Elles doivent aussi garantir des réparations effectives à toutes les victimes. L’organisation demande donc au Bureau du Procureur de la CPI d’en tirer les conséquences. Il doit préserver les acquis de cette complémentarité. Celle-ci pourrait ainsi continuer à servir les victimes du 28 septembre et devenir une référence pour d’autres processus de justice dans le monde.
La FIDH, l’OGDH et l’Avipa appellent les autorités à :
– garantir l’ouverture et la tenue rapides du procès en appel, dans le respect des garanties d’un procès équitable ;
– assurer à toutes les victimes des réparations effectives, sans discrimination et dans un cadre transparent ;
– poursuivre toutes les personnes impliquées dans les crimes du 28 septembre 2009 et des jours suivants ;
– préserver l’indépendance de la justice et l’intégrité du processus judiciaire ;
– garantir aux victimes le droit à la vérité, à la justice et à la réparation.
Les trois organisations restent mobilisées aux côtés des victimes. Elles poursuivront leur combat jusqu’à l’aboutissement complet de cette quête de justice.

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