L'activiste Bella Bah porté disparu après son interpellation dans son école
En Guinée, l'activiste Bella Bah est porté disparu depuis samedi 8 août, après avoir été, selon sa famille et un témoin, enlevé dans l'établissement scolaire qu'il a cofondé à Conakry.
Samedi 8 août, dans l’après-midi, un enseignant a appelé l'épouse de l'activiste, Ami Bah, pour l'informer que son mari avait été enlevé dans son école, à Conakry, a-t-elle affirmé dans un message publié sur Facebook. Un témoin interrogé par l'agence a affirmé que l'enseignant, également co-fondateur d'écoles privées, a été “kidnappé par des hommes en uniforme et encagoulés venus à bord de pickups”, avant d'être “traîné dehors et embarqué de force”.
Dimanche 9 août, l'épouse de l'activiste a indiqué n'avoir “aucune nouvelle” de son mari depuis la veille et s'est dite “traumatisée”. “Depuis son enlèvement, j'ignore totalement où il a été emmené. Je suis extrêmement inquiète pour lui. J'ignore ce qu'on lui reproche”, a-t-elle ajouté. Aucune autorité guinéenne n'a confirmé ou infirmé l'interpellation ou l'enlèvement de l'activiste, ni communiqué sur son éventuel lieu de détention.
Une publication sur un imam en cause ?
La disparition de l'activiste intervient quelques heures après une publication controversée dans laquelle il critiquait le premier imam de la Grande Mosquée Fayçal, Mamadou Saliou Camara. Face aux réactions suscitées, il avait annoncé avoir retiré cette publication. “J'ai retiré ma publication sur la demande de plusieurs personnes que je respecte”, avait-il expliqué, selon le média Guinee7, précisant avoir pris cette décision pour “éviter des extrapolations ethniques”. L'enseignant est aussi connu pour ses prises de position critiques sur les réseaux sociaux et pour ses interventions sur des questions politiques et sociales en Guinée.
Dans un communiqué, le mouvement citoyen Tournons La Page Guinée s'est dit dimanche “profondément” préoccupé par “l'interpellation” de l'activiste, décrit comme “fondateur d'un établissement d'enseignement secondaire privé et activiste critique”. Selon le mouvement, l'enseignant a été interpellé par “des hommes en tenue de la gendarmerie nationale, cagoulés, dans l'enceinte de sa propre école”.
Les cas d'enlèvements et de disparitions forcées de voix dissidentes et de leurs proches se sont multipliés ces dernières années en Guinée. Les autorités ont toujours nié être au courant de ces disparitions.
La "localisation immédiate" de l'activiste réclamée
Depuis la prise de pouvoir du général Mamadi Doumbouya, par un coup d'État en 2021 avant de se faire élire président du pays fin 2025, plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations sont réprimées et de nombreux dirigeants de l'opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l'exil.
“Moins de 24h après les faits, sa famille ignore toujours son lieu de détention et les motifs de son arrestation. Une telle méthode porte une atteinte grave à l'État de droit et jette le trouble au sein de la communauté éducative”, dénonce le mouvement, qui réclame la “localisation immédiate de M. Bella Bah et l'information de sa famille” et de son avocat.
AFP

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