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Retour à l'ordre constitutionnel en Guinée ?

Retour à l'ordre constitutionnel en Guinée ?
0 commentaires, 22 - 7 - 2026, by admin

En Guinée, la nouvelle Assemblée nationale issue des élections législatives du 31 mai 2026 a été installée en fin de semaine dernière.
Composée de 147 députés, elle est dominée par la majorité présidentielle, Plusieurs figures de l'opposition ayant boycotté le double scrutin, celle-ci est quasi inexistante dans ce nouveau parlement. La nouvelle législature est dirigée par l'ancien président du Conseil national de transition, l'organe législatif de la transition, .
L’installation de la nouvelle Assemblée nationale guinéenne constitue un jalon essentiel dans le processus de retour à l’ordre constitutionnel. Elle vient clore le cycle institutionnel ouvert après le coup d’État du 5 septembre 2021 contre le président Alpha Condé et consacre le rétablissement d’institutions issues du suffrage universel.
"La mise en place de l'Assemblée vient répondre à une préoccupation démocratique importante qui soit. Que ce soient des personnes élues par le peuple qui se retrouvent à l'Assemblée pour légiférer. Et en termes d'attentes, de mon point de vue, c'est plus dans l'animation de la vie démocratique qui va être accentuée par le contrôle de l'action publique. On a aujourd'hui un programme important, un programme intégrateur important comme Simandou, qui va donc demander beaucoup d'implications en termes législatifs, mais aussi du point de vue du contrôle de l'action publique. Donc, je pense que les attentes sont extrêmement importantes. « On sort de cette longue, de cette longue transition qui a débuté en septembre 2021, qui voit aujourd'hui la mise en place de toutes les institutions démocratiques? », soutient ?Kabinet Fofana, directeur du cabinet Les Sondeurs.
Toutefois, d'autres observateurs estiment que la fin de la transition ne se mesure pas uniquement à la mise en place d'institutions prévue par la Constitution. Les véritables enjeux concernent désormais, selon ces analystes, le fonctionnement effectif des institutions mises en place, le pluralisme politique, ainsi que la capacité de la nouvelle Assemblée nationale à exercer pleinement ses prérogatives de contrôle de l’action gouvernementale.
Bilan positif de la transition selon les autorités…
?Près de cinq ans après le coup d’État du 5 septembre 2021 qui a renversé et le? Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD?), ?le bilan de la transition guinéenne apparaît contrasté. On note des avancées et des écueils.
L’un des principaux résultats de la transition a été l’élaboration d’une nouvelle architecture institutionnelle. Le Conseil national de la transition (CNT) a conduit un vaste processus de consultations dans les 33 préfectures du pays, organisé des débats constitutionnels et adopté un nouveau Code électoral qui a servi de cadre juridique pour l'organisation des élections présidentielle et législatives.
Selon le bilan dressé par le CNT en juillet 2026, la transition a permis : l’élaboration d’une nouvelle Constitution ; l’adoption de nombreuses lois organiques et ordinaires ; le renforcement du cadre juridique des futures institutions de la Ve République. La transition a également mis en avant le projet Simandou, considéré comme le plus grand projet minier d’Afrique de l’Ouest. Sans oublier la tenue du procès du massacre du 28 septembre 2009, qui constitue l’un des événements les plus marquants de la période. Longtemps attendu, ce procès a été considéré par de nombreux observateurs comme une avancée importante dans la lutte contre l’impunité en Guinée.
Par ailleurs, les autorités de transition disent également avoir lancé plusieurs opérations de récupération des biens publics, de révision des contrats miniers et de lutte contre certaines pratiques de corruption héritées des régimes précédents.
…mais aussi des écueils.
?C?e bilan élogieux?, Alassane Souaré, consultant indépendant sur les questions de droits de l'Homme et de développement en Afrique de l'Ouest, ne le partage pas.
"Il était dit qu'aucun membre du gouvernement, aucun membre du Conseil national de la transition ne doit se présenter aux différentes élections. Malheureusement. Malheureusement, c'est tout à fait le contraire. C'est un bilan décevant. L'objectif d'une transition est de rendre le pouvoir aux civils de manière inclusive, de manière démocratique et de manière transparente. Mais malheureusement, tel n'est pas le cas. Il y a ce recul à travers aussi l'interdiction d'un certain nombre de partis politiques de se présenter aux différentes élections, la dissolution de partis politiques, les gros partis politiques qui pourraient effectivement mobiliser beaucoup plus de citoyens guinéens pour participer à l'instauration de la démocratie, mais aussi l'interdiction des manifestations, les manifestations depuis le 21 septembre 2021, mais aussi le brouillage des médias privés, la fermeture même de certains médias privés en Guinée?", explique le chercheur.
?Plusieurs opposants de poids ont été contraints à l'exil : Cellou Dalein Diallo ou encore Sidya Touré. ?T?oujours aucune nouvelle des activistes Oumar Sylla, dit Foniké Mengué, et de Mamadou Billo Bah. Le coordinateur national et responsable des antennes du FNDC (Front national pour la défense de la Constitution) ont été enlevés début juillet 2024 par des hommes dont l'identité n'a pas à ce jour été révélée. Amnesty International, la Coordination des organisations de défense des droits de l’homme (CODDH) de Guinée et le Réseau ouest-africain des défenseurs des droits humains (ROADDH) continuent de se mobiliser en faveur de la manifestation de la vérité sur le sort de ces deux militants pro-démocratie.
?On a noté également le retard du retour à l’ordre constitutionnel.
Au départ, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et plusieurs acteurs politiques espéraient une transition relativement courte. Or le calendrier électoral a connu plusieurs reports, suscitant des tensions récurrentes entre le pouvoir, l’opposition et la société civile.
Similitudes avec les pays de l'AES
?Il y a eu un coup d'État militaire en Guinée, tout comme dans les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES). Ces quatre pays ont mis en place une transition.
Les trajectoires des quatre pays présentent autant de différences que de similitudes. Ces quatre pays ont des points communs : la Guinée et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) : Mali, Burkina Faso et Niger – sont tous issus de coups d'État militaires.
Autres points communs entre la Guinée et les pays de l'AES : des tensions avec la CEDEAO.
Les quatre pays ont connu des sanctions ou des pressions de la CEDEAO liées au retour à l’ordre constitutionnel. Tous ont critiqué, à des degrés divers, l’efficacité de l’organisation régionale face aux défis sécuritaires et politiques. Les autorités de transition de ces quatre pays mettent en avant la souveraineté nationale, la réforme de l’État et la réduction des influences extérieures.
Différences d'approches avec les pays de l'AES
Malgré quelques divergences, la Guinée reste membre de la CEDEAO, contrairement aux autres pays membres de l'AES qui ont rompu avec l'institution sous-régionale. Malgré certaines convergences politiques avec les régimes sahéliens, Conakry a finalement choisi de rester dans la CEDEAO et ne fait pas partie de l'AES. Selon le chercheur Alassane Souaré, les transitions du Mali, du Burkina Faso et du Niger sont fortement déterminées par la lutte contre les groupes djihadistes et un pragmatisme diplomatique.
"Ces pays font face à des attaques internes des djihadistes qui se réclament des islamistes." Donc, cette urgence sécuritaire constitue vraiment le défi à relever par les trois pays de l'Alliance des États du Sahel, notamment le Mali, le Burkina et le Niger. Quant à la Guinée, elle a axé sa transition sur la réponse institutionnelle afin de préserver ces partenariats internationaux et rassurer les investisseurs indispensables à ces projets miniers. Le président guinéen met en place une culture de solidarité panafricaine avec ses voisins, tout en refusant l'isolement diplomatique. Je pense. Cette stratégie, il faut le dire, a été saluée par les Guinéens qui vivent ici en Guinée, mais aussi qui vivent à l'étranger, mais aussi par les partenaires de la Guinée, notamment la Banque mondiale, le FMI et des sociétés privées qui évoluent dans l'exploitation minière?".
Les trois pays de l'AES ont engagé une intégration poussée entre eux : coopération militaire, projets économiques communs et réflexion sur une monnaie régionale. Conakry n’a pas souhaité rejoindre cette dynamique et conserve une stratégie diplomatique plus ouverte vis-à-vis de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Les pays de l’Alliance ont adopté une posture de rupture plus affirmée envers certaines puissances occidentales et les institutions régionales traditionnelles. Alors que la diplomatie guinéenne cherche davantage à préserver des relations avec tous les partenaires et pourrait même jouer un rôle de médiation entre la CEDEAO et l’AES.
?En conclusion, la transition guinéenne peut être comparée à celles des pays de l’AES parce qu’elles ont une origine commune : l’intervention des militaires dans le jeu politique et un discours de souveraineté. Cependant, la Guinée suit une voie plus pragmatique. Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont choisi de construire une alternative régionale à travers l’AES, la Guinée a préféré rester dans le cadre de la CEDEAO et miser sur une réintégration progressive dans l’ordre régional.
La Guinée partage l’esprit de souveraineté des pays de l’AES, mais elle n’en partage pas la stratégie de rupture régionale.
DW

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