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Le grand naufrage des transports publics en Guinée : des promesses en or, des citoyens au piquet

Le grand naufrage des transports publics en Guinée : des promesses en or, des citoyens au piquet
0 commentaires, 16 - 6 - 2026, by admin

Par Boubakar Camara
Regarder les routes de Conakry aux heures de pointe, c’est assister à une faillite humaine et politique à ciel ouvert. Matin et soir, le long de l’autoroute Fidel Castro ou de la route Le Prince, des milliers de Guinéens attendent.
Ils attendent sous un soleil de plomb ou sous les premières pluies diluviennes de la saison. Ils guettent un hypothétique taxi, une place sur le marchepied d’un minibus déglingué. Lorsque l’un d’eux s’arrête, c’est la cohue, la bousculade, l’humiliation. Les usagers s’entassent les uns sur les autres, réduits à voyager comme du bétail, faute d’alternatives.
La Guinée détient aujourd’hui ce triste et rare record mondial : être un État souverain incapable de garantir un réseau de transport public digne de ce nom à sa population. Pourtant, à écouter le ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, le paradis de la mobilité urbaine était à portée de main. Que de promesses numériques, de plans de modernisation et d’annonces d’investissements futuristes égrenés sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux ! On nous a vendu la numérisation des services, la réorganisation des gares routières, et des réformes à grands coups de concepts innovants.
Mais la réalité du bitume refuse de se plier aux opérations de communication. Les tweets et les communiqués ministériels ne transportent pas les travailleurs de Kagbelen à Kaloum. Entre l’activisme virtuel et l’immobilisme réel, le fossé est devenu un gouffre. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, et pendant ce temps, les ministres circulent dans des cortèges climatisés, bien loin de la bousculade des carrefours.
Le symbole le plus cruel de ce fiasco reste sans doute le sort réservé au train Conakry Express. Cet unique cordon ombilical ferroviaire, qui reliait la banlieue profonde (Kagbelen) au centre des affaires (Kaloum), faisait la fierté et le soulagement de milliers de banlieusards. Il permettait de traverser la capitale à moindre coût, en évitant les embouteillages monstres.
Aujourd’hui ?
Le Conakry Express s’est éteint dans l’indifférence générale des autorités. Les rails sont déserts, les rames se détériorent et le projet est mort de sa belle mort, victime d’une gestion défaillante et d’un manque criant de volonté politique. Supprimer ou laisser mourir un tel outil de transport de masse dans une capitale asphyxiée relève d’un sabotage social. On ne bâtit pas une économie moderne en condamnant sa force vive à marcher des kilomètres à pied ou à s’écharper pour monter dans un taxi clandestin.
Il y a quelque chose de profondément colérique à voir un pays si riche en ressources naturelles être si pauvre en infrastructures de base. La liberté de circuler est un droit, pas un luxe. Continuer à traiter les usagers guinéens comme des laissés-pour-compte le long des routes est une insulte à leur dignité.
Il est temps de passer des maquettes 3D et des promesses numériques aux actes concrets. Le gouvernement et son ministère des Transports doivent des comptes au peuple. Car si l’image d’un pays se mesure à la fluidité de sa capitale, celle de la Guinée reste aujourd’hui bloquée dans l’enfer des arrêts de bus vides et des trains fantômes.

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