Retrouvez en temps réel et en continu des infos inédites sur le site phare de la Guinée

Quand, au Mondial 1990, le Cameroun battait l’Argentine de Diego Maradona

Quand, au Mondial 1990, le Cameroun battait l’Argentine de Diego Maradona
0 commentaires, 10 - 6 - 2026, by admin

Lors du Mondial 1990, en Italie, les Lions indomptables réalisaient un double exploit : ils l’emportaient sur les tenants du titre, et devenaient la première équipe africaine à atteindre les quarts de finale. Le récit de Faouzi Mahjoub, envoyé spécial de JA à Milan.
Devant les 80 000 spectateurs du stade Meazza (dit San Siro), à Milan, et des centaines de millions de téléspectateurs de tous les continents, les Lions indomptables du Cameroun sont entrés, ce vendredi 8 juin 1990, dans la légende de la Coupe du monde.
Leur victoire face aux champions en titre est un exploit qui ne sera pas oublié de sitôt. Elle a d’autant plus surpris les observateurs que ces mêmes Camerounais avaient perdu sans gloire leur couronne africaine, seulement trois mois auparavant, en Coupe d’Afrique des nations. Il est vrai, et le dire ne diminue en rien la performance des Lions, que nul n’imaginait que les Argentins auraient à ce point oublié leur football. Incapables de produire la moindre accélération au cours de ce match d’ouverture du Mondial, ils ont pratiqué un jeu indigne d’une équipe au palmarès international exceptionnel. L’entraîneur, Carlos Bilardo, n’est manifestement pas parvenu à établir un plan de bataille rationnel pour affronter un adversaire dont il disait pourtant tout connaître. Il n’a pas su, non plus, redonner le goût de la victoire à ses joueurs.
Joseph-Antoine Bell écarté
La non-sélection de l’attaquant de Monaco Rubén Díaz ne peut expliquer à elle seule l’extrême indigence offensive des Argentins, qui ont évolué sur un faux rythme et sans afficher la moindre conviction. Marqué de près, Maradona n’a pu trouver la faille de la défense camerounaise. Burruchaga, son complice de Mexico, n’était pas suffisamment en jambes pour lui venir en aide. Certes, le jeune Caniggia, rentré à la mi-temps, s’est réveillé en fin de partie. Mais les autres ont sombré dans l’anonymat. On comprend mieux, dès lors, la défaillance collective du onze argentin. Défaillance dont les Lions ont su tirer parti.
L’équipe camerounaise ne s’était pas préparée pour le Mondial dans de bonnes conditions, tant s’en faut : rencontres sans envergure, discussions au sujet des primes, perte d’équipements sportifs, envoi en retard de la liste des sélectionnés à la Fifa… Pour avoir publiquement dénoncé les carences du stage en Yougoslavie, Joseph-Antoine Bell a été écarté, à quatre heures du coup d’envoi, de la formation qui devait affronter l’Argentine, sur décision du ministre de tutelle. Le Dr Fofé avait déjà imposé à l’encadrement technique la sélection, parmi les 22 pour l’Italie, de Roger Milla.
La titularisation de Thomas Nkono à la place de Bell n’a guère troublé les Lions. Contre toute attente, l’entraîneur [russe] Nepomniachi et ses adjoints se sont inspirés du schéma adopté par Jean Vincent lors du Mundial espagnol : regroupement massif en défense, présence de deux stoppeurs (Massing et Kunde), repli permanent des faux ailiers (Makanaky et M’Fédé), marquage individuel strict et agressif.
Expulsion d’Omam-Biyik

En pointe, comme Milla en 1982, François Omam-Biyik a épuisé l’axe central de la défense argentine. Il a dominé de la tête le stoppeur Fabbri et réussi à négocier intelligemment les ballons servis par Kana-Biyik et Mbouh. Il a su aussi bien temporiser quand il le fallait, répondre aux appels de Makanaky sur l’aile droite et lancer des contre-attaques dangereuses. Bref, compte tenu de sa position dans le dispositif camerounais, Omam-Biyik a fait le match parfait. Joueur d’une grande classe, l’ex-Lavallois a été l’attaquant qui a manqué à l’Argentine.
François Omam-Biyik
aurait-il marqué si un incident n’avait remobilisé les Lions à la soixantième minute de la partie ?
Alors que Caniggia filait sur l’aile droite, il était abattu méchamment par Kana-Biyik. La gravité et la préméditation de l’agression étaient incontestables : sans hésiter, Michel Vautrot expulsa le Camerounais. Décidée à lutter contre la violence, la Fifa avait donné des instructions très claires en la matière. L’arbitre français s’est contenté de les appliquer. Auparavant, il avait ainsi sanctionné par des cartons jaunes divers actes d’anti-jeu (Massing, Ndip Akem, Mbouh et l’Argentin Sensini).
Mais l’expulsion de Kana-Biyik a été ressentie comme une injustice par ses coéquipiers, qui ont repris le match avec fougue. Quelques minutes plus tard, et après le remplacement de M’Fédé par Libih, Makanaky est fauché par Batista. Ebwellé tire le coup franc. Makanaky reprend en chandelle. La balle s’élève.
Omam-Biyik saute haut et la rabat de la tête. Le gardien Pumpido commet une erreur grossière en laissant passer le cuir pratiquement sous son ventre. C’est le but : chanceux certes, mais non immérité au vu de la rencontre.
Les Lions à neuf sur le terrain

La réussite camerounaise a décrispé un match bien terne jusque-là ; les Lions résistaient vaillamment ; les champions du monde, dépourvus d’imagination, traînaient des souliers de plomb et semblaient presque résignés au partage des points. Après le but, et face à des adversaires jouant à dix, les Argentins ont dû attaquer. Mais leurs poussées offensives ont libéré des boulevards : Makanaky, Kunde, Milla (rentré en fin de partie) et Mbouh ont gâché, in extremis, des contre-attaques dangereuses et bien amorcées. Le Cameroun n’a pas faibli.
À deux minutes de la fin, Caniggia, après avoir échappé à deux tacles sévères de Kundé et d’Ebwellé, s’est fait « descendre » par Massing. Assez brutal dans ses interventions, le stoppeur des Lions avait déjà reçu un carton jaune. Il a donc été expulsé, et les Lions ont terminé à neuf sur le terrain.
Tataw et les siens ont amplement mérité ce succès, laborieux mais acquis proprement. Les joueurs camerounais ont fait une nouvelle démonstration de leurs qualités techniques et physiques. Ils ont confirmé, surtout, qu’ils disposaient de grandes ressources morales. Ils ne doivent qu’à eux-mêmes d’avoir vaincu les champions du monde. Gardons-nous d’en faire, dès maintenant, les favoris du groupe B. Mais, s’ils parviennent à gérer sereinement leur exploit, les Lions ne seront pas loin des huitièmes de finale. Souhaitons-leur de garder les pieds sur terre, et remercions-les d’avoir servi, encore une fois, la cause du football africain.
JA

0 Commentaires

Publiez le 1er commentaire pour cet article !

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas mis en ligne. Les champs avec un * sont obligatoires.
ENVOYER