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Une nuit, trois assassinats, zéro arrestation : Conakry face à ses démons

Une nuit, trois assassinats, zéro arrestation : Conakry face à ses démons
0 commentaires, 2 - 4 - 2026, by admin

Par Minkael Barry
La capitale guinéenne a vécu l’une de ses nuits les plus meurtrières de mémoire récente. Entre le mardi 31 mars et le mercredi 1er avril 2026, trois hommes ont été froidement assassinés dans deux communes distinctes de Conakry.
Des crimes d’une brutalité rare qui semble révéler les failles d’un dispositif sécuritaire. Tout commence dans la soirée du mardi 31 mars, dans le quartier de Sangoyah, commune de Matoto. Mamadou Mouctar Baldé et son ami Sounounou Bah, tous deux cambistes de métier, se déplacent pour ce qui ressemble, en apparence, à une transaction ordinaire portant sur 10 500 euros, soit environ 105 millions de francs guinéens. Les deux hommes auraient été contactés par téléphone avant de se rendre sur les lieux, même si l’identité précise de l’interlocuteur et son éventuelle implication directe dans l’attaque n’ont pas encore été établies par les enquêteurs.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que les deux victimes ont été attirées dans un piège soigneusement préparé. Des assaillants les attendaient ou les poursuivaient dans un endroit isolé, les ont attaqués et se sont emparés de la totalité de la somme ainsi que de deux téléphones portables. La moto des deux hommes a été retrouvée abandonnée sur place.
Mamadou Mouctar Baldé décède sur les lieux mêmes de l’attaque. Son compagnon, Sounounou Bah, transféré, en urgence à l’hôpital, succombe peu après à ses blessures. Leurs corps se trouvent actuellement à la morgue de l’hôpital régional d’Enta, à la disposition des autorités judiciaires. À ce stade, aucun suspect n’a été interpellé. L’un des téléphones dérobés a été retrouvé, tandis que l’autre, qui continuait de sonner dans la journée du lendemain, serait toujours en possession des assaillants, dit-on.
Quelques heures à peine après ce double homicide, c’est au quartier Yattaya Plateau, dans la commune de Sonfonia, qu’un nouveau drame se noue dans la matinée du mercredi 1er avril 2026. Le corps de Mamadou Diallo, conducteur de mototaxi, est découvert gisant dans une mare de sang. Selon les éléments recueillis sur place, un individu l’aurait d’abord déplacé comme client avant de lui tirer une balle dans la tête et de prendre la fuite avec son engin.
La découverte du corps a plongé les habitants du quartier dans un état de sidération affreuse. Les autorités, rapidement alertées, ont dépêché la police scientifique et les services de protection civile pour les constatations d’usage. Le corps de la victime a été acheminé à la morgue de l’hôpital régional d’Entag. Là encore, aucune arrestation n’a été signalée à ce jour.
Trois hommes assassinés en une nuit. Deux communes touchées. Une seule nuit ! Ce bilan macabre n’est pas qu’un enchaînement tragique de faits divers. Conakry est confrontée à une criminalité violente, organisée et de plus en plus audacieuse. Cela, malgré les efforts titanesques déployés par les autorités sécuritaires.
Ce qui frappe d’abord, c’est la similarité des modes opératoires. Dans les deux cas, les victimes ont été attirées ou conduites dans des endroits peu fréquentés, à des heures tardives ou nocturnes, avant d’être attaquées par des individus qui semblaient parfaitement connaître leurs habitudes et leurs activités. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est le signe d’une criminalité qui observe, qui cible , qui planifie et qui execute.
Ce qui frappe ensuite, c’est le profil des victimes. Des travailleurs de l’économie informelle: cambistes et conducteur de mototaxi qui exercent leurs activités avec des liquidités, souvent de nuit, dans des zones peu éclairées et insuffisamment surveillées. Ces catégories professionnelles sont depuis longtemps identifiées comme particulièrement vulnérables aux agressions.
Dans les deux affaires, les auteurs sont en fuite. Aucun suspect n’est encore en arrestation.
Nommé ministre de la Sécurité et de la Protection Civile en janvier dernier, le Général Ahmed Mohamed Oury Diallo se retrouve face à un test de crédibilité majeur. Trois assassinats en une seule nuit dans la capitale d’un pays ne peuvent appeler qu’une réponse ferme, rapide et structurée.
Il ne s’agit plus seulement de réagir aux crimes commis, mais bien de les anticiper. Cela implique, en premier lieu, un renforcement immédiat des patrouilles nocturnes dans les quartiers à risque et un maillage territorial plus dense, particulièrement dans les zones périphériques où l’État est trop souvent absent après la tombée de la nuit. Cela implique également de repenser en profondeur le renseignement de proximité. Des crimes aussi méthodiques ne se préparent pas dans l’invisibilité totale. Ils laissent des traces, des indices, des rumeurs dans les quartiers.
La capacité des forces de l’ordre à capter ces signaux faibles, en tissant des liens de confiance avec les communautés locales, est une condition sine qua non d’une prévention efficace. Au-delà de l’aspect opérationnel, c’est une question de doctrine sécuritaire qui est posée. Conakry est une métropole en croissance rapide, avec toutes les tensions sociales et économiques que cela engendre. Une ville qui se développe sans que son architecture sécuritaire ne se développe au même rythme est une ville condamnée à subir, de manière récurrente, des vagues de violence dont les premières victimes sont toujours les plus vulnérables.
L’heure n’est plus aux déclarations d’intention. L’heure est à la mobilisation concrète, mesurable et visible de l’appareil sécuritaire guinéen. Les familles de Mamadou Mouctar Baldé, de Sounounou Bah et de Mamadou Diallo attendent justice. Les habitants de Conakry attendent, eux, de pouvoir vivre et travailler sans craindre pour leur vie.
Conakry ne peut se résigner à compter ses morts chaque matin. L’État doit reprendre l’initiative, avant que la violence ne s’installe durablement comme une fatalité.
( Avec leverificateur.net )

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