Le premier ministre face aux membres du CNT
Par François Mara
Mercredi 25 février dernier, au Palais du Peuple, le Premier ministre, Amadou Oury Bah, s’est soumis à l’exercice de la Déclaration de politique générale (DPG).
Un rendez-vous constitutionnel tenu avec une seule exigence : assumer la redevabilité. En présence des conseillers nationaux, le chef du gouvernement a défendu sa feuille de route, entre ambitions économiques et promesses de stabilité électorale.
L’audience était solennelle, mais l’enjeu, lui, était clair : sortir de la transition par le haut. En se prêtant pendant plusieurs heures aux questions des conseillers du CNT, Amadou Oury Bah n’a pas seulement livré un discours de politique générale. Il a, selon plusieurs observateurs, posé un acte institutionnel fort, renouant avec une tradition de contrôle parlementaire trop souvent mise entre parenthèses ces dernières années.
« Le gouvernement ne commande pas seul, il explique, il justifie et il s’expose au contrôle. » Cette phrase, prononcée à la tribune, résume à elle seule la philosophie affichée par le locataire de la primature.
Simandou 2040 : le mégaprojet comme horizon
Au cœur de l’argumentaire : Simandou. Mais pas seulement le gisement de minerai de fer. Le Premier ministre a fait de ce projet le fer de lance d’une stratégie nationale, insistant sur sa dimension systémique. « Ce n’est pas un projet minier, c’est le moteur de notre souveraineté économique », a martelé le chef du gouvernement.
Avec des prévisions de croissance à 10,3 % et un investissement annoncé de 330 milliards de dollars sur la durée, le projet entend transformer la Guinée en hub industriel régional. Traduction concrète : la création de 5 millions d’emplois et une rupture progressive avec l’exportation de bauxite brute.
Des chiffres pour convaincre
Amadou Oury Bah a également mis en avant plusieurs indicateurs destinés à nourrir un récit de la crédibilité retrouvée :
Finances publiques : les recettes budgétaires sont passées de 18 000 à 45 000 milliards de francs guinéens en cinq ans, permettant à l’État de financer ses propres infrastructures sans recours systématique à l’endettement externe.
Politiques sociales : 80 % des agents publics bénéficient désormais d’une couverture santé, tandis que la modernisation des établissements scolaires s’accélère.
Lutte contre la corruption : le soutien à la CRIEF a été réaffirmé sans ambiguïté. « Sans moralisation, les milliards du Simandou ne seraient qu’un mirage », a insisté le Premier ministre.
La date est fixée : le 24 mai 2026
L’annonce la plus attendue restait celle du calendrier électoral. Répondant à une interrogation récurrente sur la sortie de la transition, Amadou Oury Bah a confirmé la tenue des élections législatives et communales le 24 mai 2026. Un signal envoyé à la fois à la classe politique nationale et aux partenaires internationaux. L’exécutif mise désormais sur l’effet de certitude pour désamorcer les tensions et maintenir le cap.
Un exercice salué, et encore des défis à relevé
Si l’exercice a été globalement salué pour sa rigueur et sa tonalité républicaine, plusieurs zones d’ombre persistent. L’inflation reste un sujet sensible pour les ménages, et l’accès universel à l’énergie demeure un chantier inachevé. À sa sortie de l’hémicycle, sous les applaudissements, le Premier ministre a appelé à l’unité, insistant sur la nécessité de dépasser les clivages pour bâtir les bases d’un État plus solide.
Ce grand oral, restera comme une tentative de normalisation politique par la preuve. Reste à savoir si les engagements pris trouveront leur traduction sur le terrain. En attendant, la République a parlé. Et, pour l’heure, elle a été écoutée.

0 Commentaires
Publiez le 1er commentaire pour cet article !