Générosité présidentielle et exigence de structuration des politiques culturelles
Par Abou Maco
Le président gagnerait à arrêter la distribution ponctuelle de véhicules et de villas à certains artistes. Pas que la reconnaissance matérielle soit en soi condamnable, mais parce que l’impossibilité manifeste de satisfaire une demande devenue exponentielle engendre frustrations, rivalités et surenchères.
À mesure que l’exception se répète, elle cesse d’être perçue comme une marque de gratitude pour devenir, dans certains esprits, un droit acquis. L’on a même vu un artiste recourir au chantage sentimental afin d’obtenir "sa voiture", comme si la reconnaissance de l’État relevait d’un dû personnel et non d’une appréciation souveraine et circonstanciée. Une telle dérive révèle les risques d’une politique de gratification non encadrée. Ce qui, à l’origine, constituait un geste d’honneur envers quelques légendes et figures mythiques de la culture guinéenne pourrait, à terme, se transformer en effet boomerang, alimentant ressentiment et divisions au sein du monde artistique.
Il convient de rappeler que l’action publique en faveur des artistes ne saurait se réduire à des dons individuels, aussi spectaculaires soient-ils. Une politique culturelle sérieuse repose sur des mécanismes transparents, prévisibles et équitables. Déjà, l’instauration d’une assurance maladie au bénéfice des artistes marque une avancée structurelle, car elle répond à un besoin collectif et durable. C’est dans cette logique qu’il serait plus judicieux de créer un prix spécial annuel du président de la République, destiné à récompenser l’artiste ayant le plus contribué au rayonnement international de la culture guinéenne. Une telle distinction, attribuée sur la base de critères clairs, valoriserait l’excellence sans nourrir l’illusion d’un privilège automatique.
En matière de finances publiques comme en matière de symboles, l’improvisation est rarement neutre. Toute initiative financière non structurée finit par produire frustrations et sentiment d’injustice, ouvrant la voie à l’anarchie des attentes et à la confusion des priorités. La culture mérite mieux qu’une politique de faveurs. Elle exige une vision, des règles et une équité qui élèvent l’ensemble des créateurs plutôt que d’exposer certains à la tentation du droit revendiqué.

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