La Guinée entre générosité présidentielle et culture de la mendicité : une dérive dangereuse ( Tribune )
Par Dr Ibrahima Chérif
Notre pays est devenu un centre spécialisé par un affaiblissement progressif de la valeur du travail, de la productivité et de la responsabilité individuelle. Les demandes de soutien direct commencent à éclipser la production.
Cette situation est amplifiée par les réseaux sociaux, qui constitue un obstacle sérieux au développement durable et une source cachée d’instabilité sociale. Dans cette lancée, il est sérieux d’aborder cette réalité devenue centrale dans le débat public guinéen.
L’expression croissante de la générosité présidentielle (Monsieur le Président Mamadi Doumbouya) par la fourniture de véhicules, de soutien financier ou d’autres avantages matériels à certains citoyens guinéens, en particulier aux artistes et aux grandes figures publiques. De telles actions ne sont ni illégitimes ni condamnables en soi.
Elles s’inscrivent davantage dans le cadre du pouvoir discrétionnaire du président et peuvent refléter un désir d’appréciation, de solidarité ou de soutien social dans certaines situations. Cependant, lorsque cette générosité devient répétitive, largement médiatisée et perçue comme un moyen normal d’accéder aux ressources publiques, elle a des impacts négatifs importants. Cela inculque progressivement dans la mentalité collective l’idée que chaque citoyen a le droit de « réclamer sa part » directement aux plus hautes sphères de l’État, un droit qui n’est pas atteint sur la base du mérite, du travail ou du bénéfice social, mais par des plaintes publiques, des appels émotionnels et des manifestations de détresse.
Cette dynamique favorise une culture dangereuse de dépendance, encourageant la passivité sociale, la dépendance à l’aide et des formes de mendicité physique ou virtuelle (réseaux sociaux). Dès lors, les plateformes de médias sociaux deviennent une arène compétitive de victimisation, où les individus expriment leurs difficultés dans l’espoir d’attirer l’attention et la compassion du pouvoir politique. Un tel changement est fondamentalement incompatible avec les principes de citoyenneté responsable, de dignité par le travail et de développement collectif.
Il est normal de se rappeler que le président n’est pas un bureau de services sociaux personnalisé ni un distributeur permanent de biens matériels. Gouverner signifie définir une orientation claire, établir des règles transparentes, arbitrer équitablement et construire des institutions capables de créer des chances égales pour tous. Cela ne signifie pas que l’État doive être indifférent à la pauvreté ou aux inégalités.
Au contraire, lorsque les ressources nationales sont mal réparties et que les frustrations sociales s’accumulent, le risque de tension, de protestation et de rupture sociale devient tangible. Par conséquent, la réponse à ces défis ne se trouve pas dans la distribution de privilèges personnalisés et médiatiques. Elle doit reposer sur des politiques publiques structurées, transparentes et inclusives.
Pour cette raison, les autorités publiques portent une grande responsabilité à cet égard. Par conséquent, les actions publiques doivent se recentrer sur des priorités clés comme créer des emplois durables, soutenir l’entrepreneuriat productif, investir dans l’éducation et la formation professionnelle, garantir un accès égal aux services publics et offrir un cadre juridique stable qui encourage les entreprises privées. L’objectif principal du développement est de garantir que chaque citoyen guinéen mène une vie digne en échange de son travail, dispose d’opportunités de logement et de mobilité, d’accroître ses actifs et de contribuer à la richesse nationale.
La Guinée possède d’importantes ressources naturelles. Cela dit, sans travail, discipline, organisation et innovation, ces ressources resteront une promesse non tenue et deviendront même source de conflits. Le rôle ultime de l’État est d’être un facilitateur en général, de créer un environnement propice à l’entrepreneuriat, de récompenser le travail honnête, de protéger les citoyens productifs, et de s’assurer que chacun bénéficie des ressources du pays par ses efforts, et non par la mendicité. Un État ne nourrit pas ses citoyens éternellement ; il leur offre les opportunités nécessaires pour se loger, se soigner et se nourrir de dignité et de travail.

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