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Guinée : Gouverner sans clientélisme ( Tribune )

Guinée : Gouverner sans clientélisme ( Tribune )
0 commentaires, 21 - 1 - 2026, by admin

Par Elhadj Aziz Bah
Le serment est prononcé, la transition officiellement refermée. Désormais, Mamadi Doumbouya n’est plus l’homme d’une parenthèse militaire, mais le président d’un mandat constitutionnel pleinement assumé.
Après quatre années à la tête de l’État, il ne peut plus invoquer l’apprentissage ni la découverte. Il connaît l’administration guinéenne, ses forces silencieuses, ses lourdeurs structurelles, ses réflexes de survie et ses tentations clientélistes. À ce stade, aucune erreur de casting ne saurait être imputée à l’inexpérience.
La tradition africaine est pourtant claire sur ce point. « On ne confie pas le tamtam du village à celui qui n’en connaît pas le rythme. » Gouverner un État ne s’improvise pas. « Le pouvoir est un feu : s’il est confié à des mains maladroites, il brûle la maison entière. » Ces sagesses anciennes rappellent une vérité intemporelle : la compétence n’est pas un luxe, c’est une condition de survie pour la nation.
La Guinée a déjà payé un prix élevé pour des choix politiques dictés par la récompense plutôt que par la compétence. Le premier mandat d’Alpha Condé reste, à cet égard, une leçon sévère. Arrivé au pouvoir avec une légitimité historique et un immense capital d’espoir, il avait opté pour une logique de gratifications politiques, d’équilibres partisans et de fidélités personnelles. L’efficacité de l’action publique en avait souffert durablement. Plus tard, l’ancien président reconnaîtra lui-même cette faute, dans un aveu public resté dans les mémoires : « Je ne connais pas l’administration guinéenne, c’est mon frère Malick, décédé, qui la connaissait. » Une confession tardive, mais lourde de conséquences pour le pays.
Mamadi Doumbouya ne peut se permettre une telle abdication. La Guinée de 2026 n’a plus le luxe de l’approximation. Les attentes sont immenses, la patience sociale fragile, la crédibilité internationale encore en reconstruction. Le pays n’attend pas un partage de postes, mais un État qui fonctionne. Or un État ne fonctionne que lorsque ceux qui le dirigent savent ce qu’ils font, pourquoi ils le font et au nom de qui.
Dans la tradition africaine, une vérité s’impose depuis toujours : « On ne confie pas la calebasse de l’eau à celui qui n’en mesure pas le poids. »
Gouverner, c’est porter une charge, non récolter un privilège. Chaque nomination est un message politique, chaque choix un signal envoyé à la nation. Choisir la compétence, c’est restaurer la confiance. Choisir la loyauté aveugle, c’est préparer les désillusions. La transition a offert au chef de l’État un laboratoire grandeur nature. Il en a observé les limites, les dysfonctionnements, parfois les excès. Il en a aussi tiré des enseignements, du moins l’espère-t-on. Ce nouveau mandat doit être celui de la correction, non de la répétition. La Guinée dispose de cadres compétents, intègres et expérimentés, au pays comme dans la diaspora. Les ignorer au profit de profils choisis pour leur docilité ou leur proximité serait une faute stratégique, aux conséquences durables.
« Le poisson pourrit par la tête » nous rappelle ce proverbe Baga. La qualité de la gouvernance se mesure toujours au sommet. Nommer des responsables compétents, responsables et redevables n’est pas un luxe technocratique, c’est un impératif politique. Le courage d’un président se mesure moins à sa capacité à distribuer qu’à sa faculté de résister aux pressions, y compris celles de son propre camp.
Mamadi Doumbouya dispose aujourd’hui d’une occasion rare : rompre clairement avec la vieille tentation guinéenne du gouvernement de récompense et instaurer une culture de mission, d’évaluation et de résultats. L’histoire observe. Et elle est implacable avec ceux qui confondent le pouvoir avec le partage.
« On ne répare pas un toit troué avec les mêmes feuilles pourries », rappelle la sagesse mandingue. La Guinée a besoin de compétence, pas de complaisance. Elle a besoin de gestionnaires rigoureux, pas de griots administratifs. Elle a besoin de technocrates intègres, pas de courtisans éloquents. Chaque poste clé mérite un professionnel qui connaît son domaine mieux que les slogans politiques.
Comme le dit la sagesse africaine, « quand le chef montre le chemin, même la nuit devient lisible ». La Guinée attend ce chemin. Il commence par un choix simple, mais décisif : servir l’État avant de servir les hommes.
Monsieur le Président, la Guinée vous offre une page blanche. Ne la remplissez pas avec l’encre usée du passé. Osez la rupture véritable. Celle qui commence par nommer les meilleurs, pas les plus proches. Les plus capables, pas les plus bruyants. Les plus intègres, pas les plus obéissants.
La sagesse chinoise nous enseigne : « C’est avec les hommes que l’on construit, pas avec les discours ». Sept ans, c’est long. Suffisamment pour transformer un pays ou pour l’enfoncer davantage. Le choix de vos collaborateurs déterminera cette trajectoire.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah
*Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.

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