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Guinée post-présidentielle: quel premier ministre pour Doumbouya ?

Guinée post-présidentielle: quel premier ministre pour Doumbouya ?
0 commentaires, 12 - 1 - 2026, by admin

Par Abou Maco
Exit la Transition et la période d’exception, vive l’ordre constitutionnel normal avec tout ce qu’il implique, serait-on tenté de dire, après la confirmation par la Cour suprême de Mamadi Doumbouya comme président de la République de Guinée.
Certes, les élections communales et législatives n’ont pas encore été tenues pour clore formellement la séquence transitoire, mais déjà les spéculations et les grenouillages vont bon train pour savoir, et surtout pour choisir, un Premier ministre pour le président de la cinquième République. Et, pour ainsi dire, les pendules sont remises à zéro. En ce sens que la vieille tradition, aussi bizarre qu’inefficace, qui voudrait que des considérations géostratégiques comme ethnostratégiques entrent en ligne de compte, n’a plus vraiment de raison d’être.
Au demeurant, si l’on s’entête à y accorder du crédit, force est de constater que, depuis le 5 septembre 2021, le président Mamadi Doumbouya a presque déjà fait le tour des Premier-ministrables, à l’exception de la Basse Guinée et de la… Haute Guinée : Mohamed Béavogui et Bernard Goumou pour la Guinée Forestière, Amadou Oury Bah pour la Moyenne Guinée. Restent donc la Basse Guinée et la Haute Guinée. Mais selon cette équation aussi tenace qu’inopérante, qui voudrait que le président de la République et le Premier ministre ne soient pas issus de la même région pour diriger l’Exécutif, la Haute Guinée se trouve de fait écartée des pronostics. Reste la Basse Guinée où, suivant ce schéma, devrait émerger le futur Premier ministre.
Si l’on s’en tient à cette logique, c’est là-bas que les candidats devraient commencer à se "massacrer". Ne soyez donc pas surpris si, dans les prochains jours, les coups en dessous de la ceinture rivalisent d’ardeur dans les médias. Que vous le vouliez ou non, c’est ainsi, et ce sera ainsi. Bientôt, les cadavres sortiront des placards par médias interposés, ou, pour rester dans l’air du temps, par réseaux sociaux interposés.
Tiens, c’est curieux, au moment même où j’écris ces lignes, j’ai comme l’impression d’avoir déjà vécu la scène qui résultera de cette analyse, tel un rêve ancien qui se répète. Je vois déjà ceux qui ne sont pas dans l’alignement de ce pronostic me tomber dessus à bras raccourcis, avec une virulence bien huilée. Cela ne vous est jamais arrivé, cette impression étrange de déjà-vu ? Bon, revenons aux choses sérieuses…
S’il est admis, ce qui serait opérant, logique et conforme à l’esprit de la Constitution, que le Premier ministre doit être choisi parmi les Guinéens compétents, sans distinction de région ni d’ethnie, il faut néanmoins reconnaître qu’à cette compétence technique doit s’ajouter une dimension politique suffisamment intégrée. Et là, le choix devient un peu plus délicat…
Voyons donc du côté des anciens Premiers ministres. L’actuel, Amadou Oury Bah, remplit sur le papier ces deux critères. Il est économiste, même si l’on n’a pas clairement vu à quoi cela lui a servi, soit parce qu’il n’a pas eu les mains libres, soit parce qu’il était entouré de personnes convaincues d’en savoir plus que lui en la matière. En revanche, son expérience politique ne se discute plus depuis les années 1990. Sur ce plan, il ne lui manque qu’une véritable assise régionale clairement identifiable.
Fera-t-il un bon Premier ministre s’il est reconduit, avec les coudées franches pour appliquer, en tant que véritable chef du gouvernement, le programme de développement du président Mamadi Doumbouya ? La question reste ouverte.
Passons sur Mohamed Béavogui, qui a déjà démissionné sans jamais le faire officiellement. Ses chances de retour sont faibles, même s’il en avait l’envie, maintenant que l’on n’est plus dans une période d’exception. Mais surtout, Mamadi Doumbouya et son entourage ne voudront certainement pas lui pardonner son premier lâchage en pleine séquence de sanctions annoncées par la CEDEAO. Chat échaudé craint eau froide…
Quant à Bernard Goumou, il a largement démontré sa fidélité et sa constance à l’endroit de Mamadi Doumbouya. Il est lui aussi économiste, même s’il n’a pas réussi à ramener les sept milliards promis de Dubaï et qu’il a surtout passé son temps à poser des premières pierres d’aéroports régionaux et d’infrastructures que personne n’a encore vues se concrétiser. Mamadi Doumbouya lui aurait même conseillé d’arrêter les cérémonies, d’agir davantage et de promettre moins. Toujours est-il que, dans les coulisses, on murmure que Goumou ne serait plus dans la course pour la Primature. On le verrait plutôt à la présidence du Sénat, si Dansa Kourouma, l’actuel président du CNT appelé à disparaître avec la nouvelle architecture institutionnelle, laisse faire. Goumou se porterait alors candidat aux législatives pour sortir député et prendre la tête de l’Assemblée nationale. Et si Dansa Kourouma nourrit également des ambitions de ce côté, ils n’auront plus qu’à se partager le Sénat et l’Assemblée. Ce qui, au final, devrait être tranché sans trop d’efforts par Mamadi Doumbouya…
Et si les pronostics misaient plutôt sur Abdoulaye Yéro Baldé, arrivé deuxième à la présidentielle derrière Mamadi Doumbouya ?
Il est économiste, crédité de bons résultats après son passage à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Sur le plan politique, il a été à bonne école, celle d’un animal politique - le professeur Alpha Condé – et il vient de démontrer, lors de la présidentielle, qu’il fallait désormais compter avec lui. En un mois de campagne, il a réussi l’exploit de se faire connaître des populations dans le bon sens du terme, là où d’autres mettent des décennies, quand ils y parviennent. En un mot comme en deux mille – pour changer du traditionnel mille – Abdoulaye Yéro Baldé ressemble fort au futur Premier ministre qu'il faudrait à Mamadi Doumbouya,À condition, bien sûr, qu’on ne lui découvre pas d’ici là quelques cadavres dans les placards. Vrais ou inventés, on peut compter sur les réseaux sociaux et sur une vieille classe politique en mal d’oxygène pour en fabriquer à la chaîne…
Justement, il se pourrait que le futur Premier ministre sorte de cette vieille classe politique traditionnellement hostile à tout ce qui ne vient pas d’elle. Attendre la fin d’un septennat pour espérer le pouvoir étant une épreuve insupportable pour des politiciens déjà proches de la retraite, un processus de réconciliation nationale et d’inclusivité dans la gouvernance - je parie que ce mot va fleurir bientôt dans tous les discours – pourrait servir de prétexte pour faire émerger des candidatures issues de ce camp. L’avantage pour Mamadi Doumbouya serait de gouverner sans être constamment assailli par des marches à répétition et la comptabilité macabre qui va avec, comme ce fut le cas sous Alpha Condé pendant onze ans. À moins que l’option choisie par Doumbouya lui-même le 5 septembre 2021 ne devienne, pour cette classe politique, la méthode la plus rapide pour abréger le septennat. Tout reste possible dans cette Guinée imprévisible, même si le choix de laisser aux Guinéens, qui ont tant vu et tant souffert, de longues années d’accalmie et de paix demeure le plus raisonnable.

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