Quand un ministre de l’éducation abandonne ses meilleurs lauréats : Premier de promo, dernier servi : l’étrange logique d’un ministre !

Par Taliby Diané
« Quelqu’un qui bénéficie de ces bourses peut les accepter ou les refuser si elles ne correspondent pas à son choix. » Cette phrase, prononcée par un ministre de l’Éducation, résonne comme une gifle pour des milliers de bacheliers brillants.
Elle incarne non seulement le mépris institutionnel, mais aussi le symptôme d’un désengagement politique inquiétant. Le ton désinvolte, presque condescendant, rappelle moins celui d’un ministre que celui d’un internaute blasé commentant à la volée une injustice sur les réseaux sociaux.
Dans une démocratie digne de ce nom, l’éducation ne peut être traitée avec autant de légèreté. Chaque mot prononcé par un ministre engage une vision de la société. Et ici, ce qui transparaît, c’est une vision où le mérite est relativisé, où les rêves sont négociables, et où l’avenir des élèves devient une variable d’ajustement bureaucratique.
Le ton du mépris
Le ton, froid et hautain du ministre, contraste fortement avec la dignité exemplaire de la famille de ce lauréat, premier en sciences expérimentales. Là où l’État devrait incarner la justice et l’espoir, il oppose le silence du mépris à la voix de l’excellence.
Ce type de déclaration désinvolte presque moqueuse, sous couvert de pragmatisme, trahit une posture technocratique déconnectée des réalités vécues par les élèves ou les lycéens. Elle banalise la frustration de ceux qui, après des années d’efforts, se voient refuser l’accès aux formations qu’ils ont légitimement visées. En réduisant leur avenir à une simple affaire de « choix » à accepter ou refuser, le ministre évacue toute responsabilité institutionnelle et renonce à son rôle fondamental : garantir l’équité, reconnaître le mérite, et défendre l’ambition.
Une bourse n’est pas un substitut à l’orientation choisie
Refuser une bourse parce qu’elle ne correspond pas à son projet d’études n’est pas un luxe, c’est un cri de désespoir. Cela revient à dire à un élève : « Tu as excellé, mais ton avenir dépendra de ce que nous avons en stock. » Ce n’est pas de la méritocratie, c’est de la loterie.
Les bacheliers d’excellence ne demandent pas des faveurs. Ils demandent que leur travail soit reconnu par l’accès aux filières qu’ils ont choisies, pas par des compensations arbitraires. Une bourse ne remplace ni un rêve, ni une vocation.
Une parole qui trahit la mission
Un ministre de l’Éducation devrait être le garant de l’équité, de la transparence et du respect des parcours individuels. Il devrait défendre avec force le droit de chaque élève à accéder à une formation à la hauteur de ses aspirations et de ses résultats. C’est là l’essence même de sa mission républicaine : faire de l’école un levier d’émancipation, non un filtre arbitraire.
Or, en tenant des propos désinvoltes et déconnectés, il abdique cette responsabilité. Il banalise l’injustice, légitime l’opacité, et transforme l’échec institutionnel en fatalité individuelle. Pire encore, cette sortie publique, aussi déplacée que révélatrice, ne fait que masquer un système de favoritisme où les moins méritants des lauréats obtiennent ce qu’ils veulent, pendant que les plus brillants sont relégués à la loterie.
Et quand la loterie ne suffit plus à expliquer l’absurde, le soupçon s’installe : celui d’un système de corruption feutré, jamais assumé, mais toujours présent. Un système où l’excellence ne garantit rien, et où l’arbitraire devient la règle.
Ce genre de discours ministériel ne doit pas passer inaperçu. Il ne s’agit pas d’un simple dérapage verbal, mais d’un révélateur inquiétant d’un désengagement institutionnel. Il mérite d’être interrogé, contesté, et corrigé, non seulement pour ce qu’il dit, mais pour ce qu’il sous-entend : une vision de l’éducation où le mérite devient secondaire, où les parcours individuels sont nivelés par le bas, et où l’arbitraire remplace la justice.
Car derrière chaque bourse refusée, il y a un rêve brisé. Et derrière chaque rêve brisé, il y a une responsabilité politique. Une responsabilité qui ne peut être diluée dans des discours vagues ou des justifications administratives. Une responsabilité qui engage l’État, ses représentants, et les principes mêmes de la République.
L’école ne peut être le théâtre d’une loterie sociale. Elle doit rester le lieu où l’effort est reconnu, où l’excellence est encouragée, et où chaque élève peut croire que son avenir dépend de son travail, non de son dossier traité à la chaîne. Quand l’État trahit cette promesse, il ne trahit pas seulement ses meilleurs élèves, il trahit l’idée même de démocratie.
Taliby Diané
Lauréat du baccalauréat et ancien boursier au Maroc (Promotion 1997), j’ai consacré une partie de mon parcours à la défense des droits étudiants et à la valorisation du mérite académique.
Ancien Secrétaire Général chargé de l’organisation et de la communication de l’ASEGUIM (Association des étudiants et stagiaires guinéens au Maroc), j’ai également été un membre très actif du collège des délégués des étudiants étrangers de la cité universitaire de Rabat. Mon engagement, nourri par mon parcours personnel et mon implication dans les instances représentatives, repose sur une conviction profonde : l’éducation ne doit jamais devenir un privilège distribué au gré des circonstances. Elle doit rester ce qu’elle a toujours promis d’être, un levier d’émancipation, un droit fondamental, et une voie ouverte à tous ceux qui s’en donnent les moyens.
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