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Gouverner, ce n’est pas être infaillible

Gouverner, ce n’est pas être infaillible
0 commentaires, 6 - 8 - 2025, by admin

Par Abdoulaye Sankara (Abou Maco), journaliste
Dans les couloirs feutrés du pouvoir comme sur les places publiques, une idée fausse persiste : celle d’exiger des dirigeants une perfection absolue.
Comme si, du moment qu’ils accèdent aux plus hautes fonctions de l’État, ils devaient être soudain exempts de toute erreur, de tout égarement, de toute hésitation. Pourtant, la réalité du pouvoir est faite d’arbitrages complexes, de choix parfois douloureux, et surtout d’humanité.
Le Président, le Premier ministre, les ministres, tous restent, in fine, des êtres humains. Et qui peut honnêtement prétendre ne pas faillir, ne pas se tromper, dans son propre domaine d’activité ? Ceux qui, dans leur quotidien, commettent des erreurs sans caméras ni tribunes devraient être les premiers à comprendre les marges d’erreur inhérentes à toute action publique. Gouverner un pays n’est ni une science exacte ni un exercice solitaire d’orgueil technocratique. C’est une navigation entre contraintes, intérêts divergents, urgences sociales et attentes souvent contradictoires.
Ce que les citoyens sont en droit d’attendre, en revanche, c’est que les dirigeants conservent le cap. Un cap fondé sur la primauté de l’intérêt général, sur une écoute sincère des aspirations populaires, et sur la volonté affirmée de bâtir dans la durée. Quand le pays devient la boussole, quand la population demeure la priorité, alors les erreurs deviennent supportables, car elles ne sont plus des fautes de cœur, mais des accidents de parcours.
Il ne suffit pas d’être sincère pour être responsable. La responsabilité politique, contrairement à la responsabilité pénale ou administrative, ne se mesure pas uniquement à l’aune d’un texte de loi. Elle engage une éthique, une rigueur morale, un devoir de cohérence entre le discours et les actes. Elle impose au dirigeant de rendre compte de ses décisions, de reconnaître ses limites, et, lorsque l’intérêt du pays l’exige, de faire passer le bien commun avant sa propre posture ou son confort politique.
Assumer une responsabilité politique, c’est avoir le courage de dire « j’ai eu tort » quand il le faut, mais aussi de résister aux facilités démagogiques. C’est comprendre que gouverner, c’est parfois trancher dans le vif, sans céder à l’humeur des foules, mais sans jamais se couper d’elles. Dans les régimes matures, cette responsabilité se traduit par des démissions, des excuses publiques, des rectifications en temps réel. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, mais un gage de crédibilité.
Tout pouvoir véritablement conscient de sa mission doit s’armer d’une vertu rare en politique : la capacité à accueillir la critique, y compris lorsqu’elle est rude, excessive ou mal formulée. Dans les démocraties solides, la critique n’est pas un danger à éradiquer, mais une boussole à interroger. Elle permet de repérer les angles morts de l’action publique, de mesurer les décalages entre le terrain et les palais, de réajuster ce qui peut l’être.
Refuser la critique, c’est souvent le début de la surdité d’État. C’est glisser peu à peu vers une verticalité stérile, une gouvernance hors-sol, obsédée par le contrôle de l’image plutôt que par l’efficacité des décisions. À l’inverse, intégrer la critique dans la mécanique du pouvoir, c’est injecter de la respiration démocratique, de l’intelligence collective, et éviter l’isolement du sommet.
Les peuples africains, qui ont appris à lire entre les lignes et à observer les actes au-delà des discours, ne réclament pas des gouvernements de magiciens. Ils exigent de la lucidité, de la transparence, de la constance et la capacité d’écouter sans mépris.
Dans une époque où la défiance est élevée au rang de réflexe, il faudrait se rappeler que le jugement politique ne peut se fonder sur une quête chimérique d’infaillibilité. Ce que les peuples attendent, ce n’est pas un gouvernement parfait, mais un leadership humble, cohérent, et résolument tourné vers le bien commun. Un pouvoir fort n’est pas celui qui se croit intouchable, mais celui qui accepte ses erreurs, qui ajuste son action sans perdre sa vision, et qui fait de l’intérêt général non un slogan de circonstance, mais un engagement permanent.

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