Kaloum dans les ténèbres : Le cœur de l’administration guinéenne agonise sous les délestages
« Conakry électricité, chacun a son tour comme chez le coiffeur, quand Matoto a le courant, Gbèssia attend. Comme chez le coiffeur ! » Cette rengaine de Tiken Jah Fakoly, qui aurait dû appartenir aux archives d’une époque révolue, s’impose aujourd’hui comme l’hymne tragique d’une capitale à l’agonie.
Ce vendredi 15 mai 2026, Kaloum, le poumon administratif où siège le gouvernement, offre le spectacle désolant d’un centre-ville paralysé, trahi par des décennies de promesses énergétiques non tenues.
Depuis le mois de mars, le scénario est devenu une routine insupportable. L’administration publique et les entreprises privées sont littéralement à genoux. Dans les immeubles, le vrombissement agressif des groupes électrogènes remplace le silence du travail productif. Partout, les portes et fenêtres sont grandes ouvertes pour tenter d’évacuer une chaleur suffocante, devenue le quotidien des travailleurs.
Faute de climatisation et de lumière, les bureaux se vident. Des cadres et employés, le visage trempé de sueur, s’agglutinent sur les trottoirs à la recherche d’un souffle d’air frais. C’est l’image même d’un État dont le cœur s’arrête de battre chaque semaine, incapable d’assurer la dignité minimale à ses serviteurs.
Le constat est d’une amertume sans nom : malgré les barrages géants de Kaléta et de Souapiti hérités de l’ère Alpha Condé, malgré la présence coûteuse du bateau thermique turc, l’obscurité gagne du terrain. En haute banlieue de Kaloum, la nuit n’est plus un moment de repos, mais une chape de plomb qui s’abat sur des quartiers entiers, plongeant les citoyens dans un désarroi total.
Cette intensification des délestages, en pleine campagne électorale pour les législatives et les communales du 31 mai prochain, est vécue comme un affront par le Guinéen moyen. Alors que les discours politiques s’enchaînent, la réalité du terrain vient balayer les slogans de développement.
L’incapacité chronique des autorités à répondre aux attentes les plus élémentaires n’est plus une simple défaillance technique ; c’est une blessure sociale qui s’approfondit. Le ras-le-bol est palpable dans chaque bureau plongé dans le noir, dans chaque commerce à l’arrêt et dans chaque foyer privé de lumière. À deux semaines du scrutin, le contraste entre les ambitions affichées par les élites et la détresse énergétique de la population n’a jamais été aussi violent.
( Avec Leverificateur )

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