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Le 03 avril 1984, l'autre tournant " oublié" de l' Histoire de la Guinée

Le 03 avril 1984, l'autre tournant
0 commentaires, 6 - 4 - 2026, by admin

Par Kikala
Le 3 avril 1984 reste une date charnière dans l’histoire politique de la Guinée. À peine une semaine après la disparition du président Ahmed Sékou Touré, figure emblématique de l’indépendance et dirigeant autoritaire de la Première République, l’armée guinéenne décide de prendre le pouvoir lors d’un coup d’État sans effusion majeure de sang.
Ce renversement est conduit par le colonel Lansana Conté, qui devient rapidement l’homme fort du pays. Il met en place le Comité Militaire de Redressement National (CMRN), une structure militaire chargée de gérer la transition politique et de « redresser » un État fragilisé par des années de régime centralisé et de répression.
Dès les premières heures, le CMRN prend des mesures fortes et symboliques :
Suspension de la Constitution existante
Dissolution du parti unique, le PDG-RDA (Parti Démocratique de Guinée – Rassemblement Démocratique Africain)
Libération de nombreux prisonniers politiques, dont certains détenus depuis des années
Promesse d’instaurer le multipartisme et de garantir les libertés fondamentales
Ces décisions suscitent un immense espoir au sein de la population, épuisée par des décennies de contrôle politique strict, de purges et d’isolement international. Le nouveau régime militaire se présente alors comme une rupture radicale avec le passé.
Cependant, avec le recul historique, cette transition apparaît plus nuancée. Si le coup d’État de 1984 marque effectivement la fin de la Première République et ouvre une nouvelle ère politique, les promesses de démocratisation ne seront que partiellement réalisées. Le régime de Lansana Conté évoluera vers une gouvernance autoritaire, marquée par :
Une concentration du pouvoir exécutif
Des élections contestées
Une instabilité institutionnelle persistante
Des tensions sociales et économiques croissantes
Ainsi, loin d’installer durablement une démocratie apaisée, cette période plonge progressivement la Guinée dans des contradictions politiques profondes, entre aspirations démocratiques et pratiques autoritaires. Pour l’historien et expert en résolution des conflits, cet épisode illustre un phénomène récurrent en Afrique postcoloniale : le passage d’un régime autoritaire à un autre sous couvert de transition, où l’armée s’érige en arbitre du pouvoir sans toujours poser les bases solides d’un État de droit.
Le 3 avril 1984 n’est donc pas seulement une date de rupture : c’est aussi le point de départ d’un long processus inachevé de construction démocratique en Guinée.

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