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Cette Afrique qui se cherche ( Tribune )

Cette Afrique qui se cherche ( Tribune )
0 commentaires, 17 - 6 - 2022, by admin

Par Venance Konan à Abidjan
Il y a deux jours, je reçus le coup de téléphone d’un aîné, ancien ministre qui dirigea une importante organisation africaine, qui me fait l’honneur d’apprécier certaines de mes chroniques et de les commenter parfois avec moi.
Il me fit remarquer que l’Afrique, continent de plus d’un milliard d’habitants, dont la majorité est constituée de jeunes, un continent disposant des terres les plus fertiles au monde et traversé par de grands cours d’eau, comptait sur un petit pays d’environ 34 millions d’habitants et en guerre, l’Ukraine en l’occurrence, pour l’aider à trouver de quoi manger.
Et il ajouta « on oublie que parfois le plus court chemin vers l’avenir est d’aller dans le passé. En 1980 l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) avait concocté le Plan d’action de Lagos qui, s’il avait été appliqué, aurait donné à l’Afrique la solution à tous ses problèmes, notamment celui de son alimentation. Qu’est-ce qui nous empêche de le réactiver ? »
En quoi consistait ce plan d’action de Lagos ?
Réalisé par les meilleurs économistes et experts africains, sous l’égide de l’Organisation de l’unité africaine que dirigeait alors le Togolais Edem Kodjo, il pourrait se résumer ainsi : compter sur ses propres forces. Dans ce but, il détaillait un vaste programme de mesures à prendre de 1980 à 2000, et qui à terme devraient permettre à l’Afrique d’assurer entre autres son autosuffisance alimentaire, son industrialisation, un développement des échanges commerciaux et financiers entre pays africains, et entre le continent le reste du monde, le développement des nouvelles technologies et de la formation, la mise en œuvre d’une stratégie continentale en matière de transports et de communication.
Le Plan d’action de Lagos dont tout le monde loua l’audace et la pertinence fut farouchement combattu par les institutions financières de Bretton Wood et ne fut jamais appliqué. En 2000, le président sénégalais Abdoulaye Wade mit sur pied son « plan Oméga », qui visait à résorber l’écart entre pays développés et pays sous-développé par des investissements massifs d’origine externe.
De leur côté, les présidents algérien Abdelaziz Bouteflika, nigérian Olusegun Obasanjo et sud-africain Thabo Mbeki proposèrent leur « Millenium African Plan » ou « Plan MAP », afin d’incorporer l’Afrique au sein des actions mondiales. En juillet 2001, les deux plans fusionnèrent sous le nom de NEPAD qui signifie « New Partnership for African Development » ou « Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. ». En 2018 le NEPAD est devenu l’Agence de développement de l’Union africaine.
Que sont devenus le Plan d’action de Lagos, le NEPAD, l’Agence de développement de l’Union africaine ?
Pour le moment, l’Afrique continue de patauger et de mendier sa pitance auprès d’autres pays qui eux-mêmes ont d’autres soucis en ce moment. Aucun de ces plans, aussi beaux les uns que les autres, n’a jamais connu le moindre début d’application. Nul doute que dans des laboratoires situés dans des palais présidentiels ou dans des bureaux d’étude d’organisations continentales ou régionales, on est en train de nous préparer un nouveau plan censé nous sortir de notre sous-développement et nous faire croire encore une fois que nous sommes l’avenir de toute l’humanité.
En 1985, le Togolais Edem Kodjo qui avait dirigé l’Organisation de l’unité africaine avait écrit « Et demain l’Afrique ». En 2009, le Gabonais Jean Ping, qui dirigeait la Commission de l’Union africaine avait de son côté écrit un livre intitulé « et l’Afrique brillera de mille feux ». Aujourd’hui l’Afrique a faim et pour le moment, ce sont les feux de brousse et les incendies provoquées par les djihadistes et nos guerres internes ou entre voisins qui brillent dans les nuits africaines.
Que pouvons-nous attendre d’un continent de plus de 50 pays dont certains sont de véritables éponges à pétrole, qui dispose de tous les minerais dont le reste du monde a besoin et qui n’est pas capable de se nourrir et de financer la construction du siège de son organisation ?
« Avec tous ces djihadistes qui sont en train de s’emparer de nos pays les uns après les autres, tu crois qu’on peut encore sauver ce continent ? » m’avait demandé mon ainé dont je parlais plus haut. « Moi je n’y crois plus », avait-t-il conclu avant de raccrocher. Et vous, vous y croyez toujours ? Moi, encore un peu.

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