Guinée: ce que l'on sait après la découverte de six corps ligotés dans une fosse commune
Quelques jours après la découverte lundi 24 août de six corps dans une fosse commune, dans le sud-ouest de la Guinée, les cadavres n’ont toujours pas été identifiés. Des organisations de la société civile dénoncent un "mode opératoire qui soulève de graves interrogations."
Une découverte macabre suscite de nombreuses interrogations en Guinée. Six corps ont été retrouvés lundi 24 août dans une fosse commune située dans une zone forestière de la sous-préfecture d’Allassoyah, dans la préfecture de Forécariah, à environ 100 kilomètres au sud-est de Conakry.
Selon les informations rapportées par plusieurs sources, notamment RFI, des jeunes venus ramasser du bois de chauffe ont fait la découverte. Alertées, les autorités locales ont immédiatement saisi les services de sécurité ainsi que le parquet de Forécariah.
"Les corps dissimulés en zone isolée"
Lors de l’exhumation, les autorités ont constaté que les six hommes avaient les mains ligotées et les yeux bandés. Les victimes n’ont pas encore été identifiées. L’une d’elles serait âgée d’une soixantaine d’années, rapporte RFI. Une enquête a été ouverte afin de déterminer les circonstances exactes de la mort des six personnes et d’identifier les éventuels responsables. Les autorités locales et le procureur de la République se sont rendus sur les lieux. Lors de l'exhumation, il a été constaté que les mains des six personnes avaient été ligotées et leurs yeux bandés, selon les mêmes sources. Une enquête a été ouverte. Le "mode opératoire, les corps dissimulés en zone isolée, l'absence d'identification à ce stade soulèvent de graves interrogations", dit-il.
L'opposition s'interroge sur de possibles assassinats politiques
Le collectif des Forces Vives de Guinée (FVG), regroupant les principaux partis d'opposition et des organisations de la société civile, a appelé jeudi les autorités guinéennes "à engager sans délai des enquêtes sérieuses" sur cette affaire "afin d'établir les circonstances de ces assassinats et poursuivre les auteurs", dans un communiqué.
"Depuis le 5 septembre 2021", date de la prise du pouvoir par le nouveau gouvernement qui a renversé le président Alpha Condé, alors au pouvoir depuis plus de 10 ans, "TLP-Guinée documente de nombreux signalements faisant état d'exécutions extrajudiciaires présumées de civils et d'agents de l'Etat soupçonnés de déloyauté", affirme-t-il. Les FVG appellent les Guinéens à "se mobiliser pour mettre fin à ce régime de terreur".
Deux autres collectifs, le mouvement citoyen Tournons la page-Guinée (TLP-Guinée) et le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), formé de partis, de syndicats et d'ONG, avaient réclamé mercredi que la lumière soit faite sur cette affaire. De leur côté, les avocats du FNDC estiment que la découverte des six corps doit "appeler l’attention sur l’hypothèse, à ce stade non vérifiée mais qui ne saurait être écartée, d’une exécution extrajudiciaire visant des personnes considérées comme des opposants au régime" guinéen.
TLP-Guinée affirme pour sa part documenter "de nombreux signalements faisant état d'exécutions extrajudiciaires présumées de civils et d'agents de l'Etat soupçonnés de déloyauté" depuis la prise du pouvoir par le nouveau gouvernement en septembre 2021 et se demande si la découverte de Forécariah s'inscrit "dans cette série".
Appel à une enquête indépendante internationale
TLP-Guinée "exige" que l'enquête ouverte par le parquet de Forécariah soit "indépendante, transparente et crédible". Elle appelle l'ONU, Amnesty International, Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains et les ambassades en Guinée "à soutenir les efforts des autorités compétentes afin que toute la lumière soit faite sur ce drame".
De son côté, le FNDC demande "l'ouverture immédiate d'autopsies indépendantes et des comparaisons ADN" pour identifier les personnes exhumées, dans son communiqué signé par ses avocats.
Et pour cause : deux figures du FNDC ont disparu depuis plus de deux ans, rappellent-ils: Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, arrêtés le 9 juillet 2024, sont depuis portés disparus et plus personne n'a reçu de leurs nouvelles.
"Il ne peut être exclu que les corps découverts à Forécariah soient ceux de personnes portées disparues pour des motifs politiques, au nombre desquelles pourraient figurer MM. Foniké Menguè et Billo Bah", estiment les avocats du FNDC.
Depuis, la France a réagit. Elle a fait part "de sa vive émotion" par l'intermédiaire de son porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères. "Elle appelle à ce que l'enquête qui a été ouverte par la justice guinéenne soit menée en toute indépendance et en toute transparence", a-t-il ajouté.
Ces dernières années, plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations - interdites depuis 2022 - sont réprimées et de nombreux dirigeants de l'opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l'exil.
Source: TV5

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