Incendie du marché central de N' Zérékoré ou le drame qui revèle des problèmes structurels
Par Koutoubou Cissé
L’incendie qui a ravagé une grande partie du marché de N’Zérékoré constitue une immense tragédie pour les commerçants, leurs familles et l’ensemble de la population.
En quelques heures, des années de travail, d’investissements et de sacrifices ont été réduites en cendres. Au-delà de l’émotion et de la douleur, cette catastrophe doit nous amener à réfléchir profondément sur les conditions qui ont favorisé l’ampleur du sinistre.
Selon mon analyse, cet incendie n’est pas seulement le résultat d’un événement imprévisible. Il est aussi lié à plusieurs insuffisances dans l’organisation et la gestion du marché qui, au fil des années, ont augmenté les risques.
Tout d’abord, le marché de N’Zérékoré était devenu un espace fortement enclavé et surchargé. Les emplacements commerciaux étaient occupés de manière progressive, au point où les passages destinés à la circulation des personnes et des véhicules de secours étaient considérablement réduits. Pour protéger leurs marchandises, plusieurs commerçants ont installé des petits conteneurs et des espaces de stockage autour de leurs boutiques. Avec le temps, ces installations se sont multipliées jusqu’à occuper une grande partie des voies de passage.
Cette situation a malheureusement compliqué l’intervention des services de secours. Lorsque les sapeurs-pompiers sont arrivés, l’accès difficile à certaines zones du marché a limité leur capacité à intervenir rapidement et efficacement. Or, dans un incendie, chaque minute est déterminante.
À cela s’ajoute un autre problème majeur : l’absence d’une installation électrique officielle et sécurisée pour l’ensemble du marché. Depuis l’arrivée de l’électricité en provenance de la Côte d’Ivoire dans les années 2021-2022, aucune infrastructure électrique adaptée n’a véritablement été mise en place pour alimenter officiellement les différentes boutiques du marché.
Chaque commerçant était donc contraint de trouver ses propres solutions d’alimentation électrique, souvent avec l’aide d’électriciens individuels. Cette situation a entraîné la multiplication de branchements improvisés, de câbles nombreux et entremêlés, suspendus entre les tôles et les différentes structures du marché. Cette accumulation de fils électriques constituait un véritable facteur de risque.
Même si seule une enquête technique pourra déterminer avec certitude l’origine de l’incendie, la configuration électrique du marché laisse penser qu’un court-circuit ou un problème lié aux installations électriques pourrait être une piste sérieuse à examiner.
Aujourd’hui, l’heure est à la reconstruction, mais surtout à la reconstruction autrement. L’État doit prendre toutes ses responsabilités pour construire dans un délai raisonnable un marché moderne, sécurisé et adapté aux réalités de N’Zérékoré.
Avant toute reconstruction, il est indispensable de procéder à un recensement rigoureux de tous les commerçants victimes. Cette étape permettra d’identifier les véritables sinistrés, de leur apporter une assistance et d’éviter qu’après la construction du nouveau marché, des personnes étrangères au drame ne viennent occuper les places au détriment de ceux qui ont tout perdu.
Le futur marché devra également intégrer des normes modernes : des voies d’accès suffisamment larges, des installations électriques sécurisées, des dispositifs de prévention contre les incendies et des espaces permettant aux services de secours d’intervenir rapidement.
Cependant, la construction seule ne suffira pas. Les autorités devront assurer un contrôle permanent afin d’éviter que les mêmes erreurs ne se reproduisent. L’histoire montre que des espaces initialement réservés à la circulation peuvent être progressivement occupés par des installations commerciales si aucune surveillance n’est assurée.
Il faudra également éviter que les commerçants sinistrés restent longtemps sans solution. Car en l’absence d’un espace commercial rapidement aménagé, beaucoup seront obligés de retourner sur les routes et les espaces publics, ce qui pourrait aggraver les problèmes de circulation déjà observés autour du marché, particulièrement pendant les périodes de forte affluence comme les fêtes religieuses et les fêtes de fin d’année.
En conclusion, l’incendie du marché de N’Zérékoré doit être considéré comme un avertissement. Cette catastrophe doit pousser les autorités et les citoyens à repenser durablement l’organisation commerciale de la ville afin que de telles pertes ne se reproduisent plus.
Nos pensées et nos prières accompagnent toutes les victimes de ce drame. Que le Tout-Puissant leur apporte courage, réconfort et assistance dans cette épreuve difficile.
Koutoubou Cissé, enfant de Zaly, homme de lettres, communicant et enseignant.

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