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Les derniers instants du régime Condé

Les derniers instants du régime Condé
0 commentaires, 6 - 1 - 2026, by admin

Par Sékou Sylla
Dans son ouvrage « Le coup d’État contre Alpha Condé », paru aux éditions Yigui, l’ancien porte-parole du gouvernement guinéen Tibou Kamara livre des révélations troublantes sur les derniers jours du régime d’Alpha Condé, marqués par une fatigue présidentielle de plus en plus visible et des signes d’épuisement qui inquiétaient l’entourage du chef de l’État.
Selon le témoignage de l’ancien ministre, plusieurs incidents avaient alerté l’entourage présidentiel sur l’état de santé du chef de l’État dans les semaines précédant le putsch. Lors de la levée du corps de la fille du Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, le 3 septembre 2021 à l’hôpital sino-guinéen, Alpha Condé avait trébuché en descendant de son véhicule. « Discrètement, le garde l’avait relevé », écrit Tibou Kamara.
Ce n’était pas un incident isolé. L’ancien porte-parole rapporte un épisode similaire survenu plus tôt à l’hôtel Sheraton, où le président « avait eu l’air de louper une marche, et pendant un certain temps avait perdu son équilibre ». Lors de cette même intervention, le président avait eu « des larmes aux yeux que l’opinion avait tôt fait d’assimiler à des pleurs déclenchés par une vive émotion ».
Ces signes de faiblesse physique n’étaient pas passés inaperçus. Tibou Kamara révèle qu’un proche du président, l’homme d’affaires italo-érythréen Makonen, lui avait exprimé ses inquiétudes. Dans une confidence rapportée par l’ancien ministre, Alpha Condé aurait expliqué : « Mon ami Makonen m’a dit que j’ai besoin de vacances. Il a remarqué que j’ai eu l’air de tomber, mes yeux étaient embués de larmes. Il m’a dit avoir décelé à ces signes, peu anodins, une extrême fatigue. »
Malgré ces avertissements, le président guinéen aurait refusé de ralentir son rythme de travail. Selon les propos rapportés par Tibou Kamara, Alpha Condé justifiait sa décision par sa volonté d’instaurer la discipline au sein de l’appareil d’État.
« Depuis que je m’occupe de tous les détails, m’implique dans tout, je constate que la discipline et la rigueur s’instaurent progressivement et tout le monde fait attention maintenant », aurait-il confié à son entourage, selon l’ancien ministre.
Le chef de l’État se serait montré catégorique sur son refus de prendre du repos : « Ce n’est pas le moment de partir pour des vacances, d’interrompre l’élan amorcé. Quand j’aurai le sentiment que tout est en ordre, qu’il ne sera plus possible de revenir en arrière, que chacun est rentré dans les rangs, je pourrai prendre quelques jours de repos. Pas avant, c’est trop risqué. La situation est encore volatile. »
Une appréciation qui, avec le recul, prend une dimension tragiquement prémonitoire. Deux jours après les obsèques à Forécariah, le dimanche 5 septembre 2021, le coup d’État renversait le régime d’Alpha Condé.
Les confidences rapportées par Tibou Kamara révèlent également le mode de gouvernance adopté par Alpha Condé dans ses derniers mois au pouvoir : une implication personnelle dans tous les détails de la gestion étatique.
Le président semblait convaincu que son contrôle direct était nécessaire pour maintenir l’ordre et la discipline au sein de l’administration. Cette stratégie de micro-gestion, selon ses propres mots rapportés, visait à créer une situation irréversible où « il ne sera plus possible de revenir en arrière ». Un objectif qui ne sera jamais atteint.
Dans un passage empreint d’émotion, Tibou Kamara décrit sa dernière journée au ministère, le jeudi 2 septembre 2021, sans savoir qu’il s’agissait d’un adieu. « À cet instant-là, je ne savais pas encore que ce serait un adieu. Ce serait la dernière fois que je referme la porte du bureau que j’ai occupé des années durant", , écrit-il.
L’ancien ministre évoque également l’atmosphère tendue des conseils des ministres sous la présidence d’Alpha Condé : « En fonction de son humeur, des dossiers inscrits à l’ordre du jour ou des informations dont il disposait à propos du fonctionnement des ministères ou du comportement de ses ministres, il était détendu et convivial ou faisait des remontrances et lançait des invectives. »
Les ministres, selon son témoignage, vivaient ces séances dans l’anxiété : « Tous les ministres y venaient anxieux, priant que tout se passe bien. La présence du Chef de l’État intimidait et suscitait quelques frayeurs. »
Malgré cette atmosphère de tension, Tibou Kamara rend hommage à une qualité humaine du président : sa présence auprès des familles endeuillées. Lors des obsèques de la fille du Premier ministre, Alpha Condé s’était déplacé à la morgue, poursuivant une habitude qui « l’avait distingué de ses prédécesseurs ».
L’ancien ministre rapporte une réflexion du président sur cette pratique : « Les baptêmes et les mariages, je n’y vais pas, ce sont des réjouissances, mais les deuils, je les partage, car la mort est un moment difficile à traverser qui ne laisse personne indemne. C’est dans ce moment-là, qu’on a le plus besoin des autres. »
L’ancien porte-parole qualifie le 5 septembre 2021 de date « désormais gravée dans les mémoires comme une autre date à laquelle l’histoire s’est arrêtée ou a recommencé pour la Guinée
».
Ces révélations contenues dans « Le coup d’État contre Alpha Condé » apportent un éclairage nouveau sur les coulisses du régime dans ses derniers jours. Le livre de Tibou Kamara, qualifié d' »ouvrage plein de révélations au sommet de l’État », constitue l’un des premiers témoignages directs d’un membre éminent du gouvernement déchu sur cette période charnière de l’histoire guinéenne.
In le Verificateur, partenaire de Nouveleldeguinee.com

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